IFRI : analyse de la nouvelle géographie du risque géopolitique pour les entreprises.

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L’étude de Thomas Gomart et Lucie Mielle, publiée par l’Ifri en mai 2026, propose une cartographie de la manière dont les grandes entreprises mondiales perçoivent et formulent le risque géopolitique. Elle s’appuie sur l’analyse, à l’aide d’outils d’intelligence artificielle, des rapports annuels des cent plus grandes capitalisations boursières mondiales, en se concentrant sur les sections les plus stratégiques (facteurs de risque, discussion de la direction, lettres aux actionnaires). L’objectif n’est pas de mesurer l’exposition réelle de ces entreprises, mais de décrypter la façon dont elles hiérarchisent le risque et l’intègrent à leur gouvernance.

Le premier enseignement est que le risque géopolitique obéit à une « double géographie » : celle du siège social, qui ancre l’entreprise dans un cadre national et idéologique, et celle des opérations, qui détermine la nature concrète des vulnérabilités. Quatre groupes se dégagent. Les entreprises américaines, qui représentent 73 % de la capitalisation du Top 100 en 2025, perçoivent le risque comme une menace à leur hégémonie et à la sécurité nationale, dans un ton souvent alarmiste. Les entreprises européennes adoptent une lecture normative, centrée sur l’érosion de l’état de droit, le recul du multilatéralisme et la fragilité de la relation transatlantique. Les entreprises chinoises alignent explicitement leur discours sur les priorités du Parti communiste, faisant de la conformité idéologique un pilier de leur gestion des risques. Les entreprises indiennes, enfin, lisent la recomposition mondiale comme une opportunité, grâce à un multi-alignement diplomatique assumé. Saudi Aramco occupe une position singulière, structurée autour de la sécurité énergétique.

Le deuxième enseignement porte sur la nature sectorielle du risque. Dans l’énergie, il frappe les infrastructures (sabotages, blocage du détroit d’Ormuz, perturbations en mer Rouge, expropriations). Dans la finance, il prend la forme du lawfare et de l’extraterritorialité des sanctions américaines, les systèmes de paiement devenant un terrain de confrontation. Dans le secteur pharmaceutique, il concerne la dépendance aux principes actifs asiatiques. Dans la technologie, il s’agit de la fragmentation : la question n’est plus de savoir si l’écosystème numérique se divisera en blocs, mais à quelle vitesse.

Un troisième enseignement, transversal, révèle une asymétrie temporelle : le risque géopolitique absorbe le présent, tandis que la menace climatique est renvoyée au long terme (2030, 2050, voire 2100). Cette différenciation est elle-même un risque, exposant les organisations à des ajustements brutaux.

L’étude souligne aussi l’émergence de l’intelligence artificielle comme troisième dimension structurante. Désormais intégrée aux rapports annuels comme une infrastructure stratégique, l’IA épousera et amplifiera les fractures existantes entre puissances, secteurs et modèles de gouvernance, tout en aggravant la pression énergétique et climatique.

Enfin, les auteurs notent un renversement de perspective : pour certaines entreprises, la fragmentation géopolitique n’est plus seulement un risque à couvrir, mais un marché à créer. Texas Instruments monétise sa « capacité géopolitiquement fiable », Microsoft développe le cloud souverain, ASML voit dans les Chips Acts un catalyseur d’investissements. Le risque géopolitique déplace ainsi l’espace de négociation entre le souverain et le marchand.

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La rédaction.

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