Près de quatre mois après l’installation de l’Observatoire de la souveraineté numérique, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan a ouvert, le 18 mai 2026, un questionnaire national destiné aux acteurs privés. Objectif : cartographier les dépendances technologiques de l’économie française vis-à-vis des solutions extra-européennes. Les entreprises ont jusqu’au 12 juin pour répondre.
C’est une étape clé pour un dispositif lancé le 26 janvier dernier par Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, et Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan. L’Observatoire de la souveraineté numérique entre désormais dans sa phase opérationnelle, avec pour première mission de mesurer concrètement, sur le terrain, l’ampleur du recours aux technologies non européennes par les entreprises hexagonales.
Le contexte n’a rien d’anodin. Entre tensions géopolitiques persistantes, guerre commerciale technologique et montée en puissance des grands acteurs américains et chinois du cloud, des données et de l’intelligence artificielle, la souveraineté numérique s’est imposée comme une question stratégique de premier plan, à la croisée des enjeux de compétitivité, de cybersécurité et de résilience.
Accessible en ligne via la plateforme demarche.numerique.gouv.fr, le questionnaire s’adresse aux entreprises de toutes tailles et de tous secteurs. Il vise à recenser leurs usages numériques critiques – du cloud à l’IA en passant par la cybersécurité –, leurs dépendances technologiques et les leviers de résilience déjà activés.
Pour Clément Beaune, la démarche se veut résolument pragmatique : il s’agit, selon ses mots, d’identifier les points faibles afin de proposer ensuite des alternatives françaises et européennes. Anne Le Hénanff, de son côté, insiste sur un préalable indispensable : « la souveraineté commence par la lucidité ». Autrement dit, impossible de réduire des dépendances que l’on ne mesure pas.
Une feuille de route en trois axes
Confié au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, l’Observatoire poursuit une triple mission : établir un diagnostic partagé des dépendances numériques critiques, fournir des outils d’aide à la décision aux acheteurs publics comme privés, et nourrir l’orientation des politiques publiques en la matière.
Les résultats de cette enquête nationale feront l’objet d’une restitution publique après l’été 2026. De quoi alimenter, à terme, une stratégie d’autonomie technologique pensée à l’échelle française et européenne — alors que la dépendance aux géants américains du cloud reste, à ce jour, l’un des angles morts les plus discutés de la politique industrielle du continent.



