Livre : Le droit en armes – « Lawfare » et sécurité nationale aux États-Unis (PUF).

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Comment un État de droit protège-t-il sa sécurité nationale sans renier les principes mêmes qui le définissent ? La question, devenue centrale depuis le 11 septembre 2001, traverse l’ensemble des démocraties contemporaines. Transgresser ouvertement la loi pour défendre la nation expose l’action sécuritaire à une délégitimation politique et à des risques juridiques considérables ; s’y conformer scrupuleusement peut, à l’inverse, paralyser ce qu’elle prétend rendre possible. C’est dans cette tension que se loge le propos de Mark Corcoral, qui propose une enquête minutieuse sur la manière dont les États-Unis ont fait du droit lui-même l’un de leurs principaux instruments de puissance.

L’ouvrage prend pour objet le concept de lawfare – contraction de law et warfare – c’est-à-dire l’usage stratégique du droit à des fins sécuritaires. Issu d’une thèse remarquée soutenue à Sciences Po, le livre déplace le regard depuis les terrains militaires où la notion a d’abord été forgée vers le cœur administratif et judiciaire de l’État américain : le Département de la Justice (Department of Justice). C’est là, soutient l’auteur, dans les bureaux des juristes du gouvernement et les prétoires fédéraux, que se déploient désormais des batailles décisives pour la sécurité nationale.

L’analyse s’organise autour de deux volets complémentaires. Sur le versant défensif, Corcoral montre comment les conseillers juridiques de l’exécutif américain réinterprètent, contournent ou neutralisent les contraintes normatives pour préserver la marge de manœuvre de l’action sécuritaire, sans en ruiner la légitimité ni exposer ses agents à des poursuites : élargissement des techniques de renseignement utilisables en procédure judiciaire, extension de la surveillance électronique, encadrement controversé des interrogatoires de détenus soupçonnés d’appartenance à des groupes djihadistes. Sur le versant offensif, l’ouvrage met au jour la manière dont les procureurs fédéraux mobilisent qualifications pénales et procédures pour faire de la justice un outil de politique de sécurité : avancer le seuil de la responsabilité, étendre la portée extraterritoriale du droit américain, moduler la publicité et la gravité des accusations. La justice pénale devient ainsi tout à la fois un moyen d’entrave, un vecteur de coopération forcée et un instrument de communication stratégique – comme en témoignent les affaires Huawei, les poursuites antiterroristes ou les sanctions économiques.

Le constat est ambivalent. Le lawfare du Département de la Justice n’enfreint pas formellement la légalité ; il détourne discrètement les règles et les procédures de leurs fonctions premières pour permettre à l’exécutif de déroger, en pratique, à certains principes substantiels de l’État de droit. En croisant science politique, droit et études stratégiques, Mark Corcoral – politiste associé au CERI (Sciences Po) et à l’IRSEM, déjà auteur de Cyber-attaques. L’Amérique désigne ses ennemis (L’Harmattan, 2021) – livre une contribution majeure à la compréhension de la puissance américaine contemporaine et, plus largement, des transformations du rapport entre droit et sécurité dans nos démocraties.

Date de parution : 4 juin 2026 (25 €, 224 pages).

 
 
PdS
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La rédaction.

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