La startup française UNIVITY a annoncé, le 23 avril 2026, la clôture d’un tour de table de 27 millions d’euros. Ce financement de série A a été réalisé auprès de trois investisseurs principaux — le fonds Blast, le fonds européen Expansion et le fonds Deeptech 2030 géré par Bpifrance dans le cadre du plan d’investissement public France 2030 — ainsi que de deux family offices dont les noms n’ont pas été communiqués.
Un positionnement centré sur les opérateurs télécoms
Fondée par Charles Delfieux, UNIVITY se définit comme un opérateur d’infrastructure spatiale de type wholesale, c’est-à-dire une plateforme intermédiaire destinée non pas aux utilisateurs finaux, mais aux opérateurs télécoms eux-mêmes. L’entreprise entend leur fournir une capacité satellitaire qu’ils pourront ensuite commercialiser sous leur propre marque, à l’image de ce qui existe déjà dans les réseaux terrestres fibre ou mobile.
Cette approche se distingue des modèles dominants du secteur, portés par des acteurs comme SpaceX avec Starlink, qui opèrent des constellations intégrées verticalement en s’adressant directement aux consommateurs finaux. UNIVITY fait le pari inverse : replacer les opérateurs télécoms au centre de la chaîne de valeur spatiale, dans un contexte où ces derniers cherchent à ne pas perdre le contrôle de la relation client face aux nouveaux entrants.
Une technologie fondée sur la très basse orbite et le spectre 5G
Sur le plan technique, la stratégie de l’entreprise repose sur deux choix structurants. Le premier concerne l’orbite utilisée : UNIVITY positionne ses satellites en Very Low Earth Orbit (VLEO), soit à une altitude inférieure à celle des constellations LEO classiques comme Starlink ou OneWeb. Ce positionnement permet, selon la société, de réduire la latence des communications, d’améliorer les performances des terminaux compacts tels que les smartphones ou les véhicules connectés, et de favoriser la désintégration naturelle des satellites en fin de vie, limitant ainsi la prolifération de débris orbitaux.
Le second choix porte sur l’utilisation du spectre de fréquences 5G déjà détenu par les opérateurs télécoms, plutôt que de recourir à des bandes de fréquences spécifiques aux satellites. Cette approche vise à assurer une intégration native aux réseaux mobiles terrestres existants et à permettre une continuité de service 5G NTN (Non-Terrestrial Network) sans dépendance à des bandes partagées avec d’autres acteurs.
Le programme uniShape comme étape de démonstration
Les fonds levés serviront en priorité à financer le programme de démonstration baptisé uniShape, développé avec le soutien du Centre national d’études spatiales (CNES). Ce programme prévoit l’assemblage, l’intégration, les tests et l’exploitation en orbite de deux satellites VLEO 5G. L’objectif est de valider de bout en bout un service 5G NTN haut débit, incluant la connectivité directe aux smartphones via une technologie dite Direct-to-Cell, depuis les stations sol jusqu’aux terminaux utilisateurs.
La société présente ce démonstrateur comme une première mondiale dans le domaine de la 5G NTN en orbite très basse. Il doit constituer une étape préalable au déploiement de la constellation commerciale, dénommée uniSky, dont le calendrier n’a pas encore été précisé publiquement.
Au-delà du programme de démonstration, la levée de fonds doit également permettre à UNIVITY de renforcer ses équipes dans les domaines de l’ingénierie, de l’industrialisation et du développement commercial, en vue d’un passage à l’échelle industrielle prévu à partir de 2028.
Un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros
UNIVITY situe son activité dans un mouvement plus large de convergence entre réseaux terrestres et réseaux spatiaux. La société évalue ce marché mondial à plusieurs dizaines de milliards d’euros à l’horizon 2030, sans préciser les sources de cette estimation. Outre la desserte des zones rurales et isolées, elle cite également le renforcement de la résilience des réseaux critiques parmi les cas d’usage visés.
La question de la souveraineté technologique constitue un axe de communication central pour l’entreprise et ses investisseurs. Bpifrance, dont l’implication s’inscrit dans la logique du plan France 2030, a explicitement évoqué les enjeux d’indépendance des opérateurs européens vis-à-vis des acteurs non européens du secteur spatial.
Les investisseurs
Expansion, fonds de capital-risque européen spécialisé dans la deeptech des secteurs aérospatial et défense, dispose de bureaux à Paris, Stockholm et Luxembourg. Blast, fondé en 2023 par Anthony Bourbon et Samuel Guez, est un club privé d’investissement qui déclare avoir investi 125 millions d’euros en 2025, principalement dans les nouvelles technologies. Bpifrance, bras financier public de l’État français, intervient ici via son fonds Deeptech 2030, dédié au soutien des startups technologiques à fort potentiel industriel.



