Méthanisation agricole : une startup bretonne réussit la liquéfaction du biogaz directement à la ferme.

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SUBLIME Energie a inauguré à Plélo, dans les Côtes-d’Armor, un démonstrateur capable de transformer le biogaz produit sur une exploitation en bioGNL et en bioCO₂ liquide, sans recourir aux réseaux gaziers.

La startup parisienne SUBLIME Energie a franchi un cap dans le domaine de la méthanisation agricole en mettant en service, à Plélo (Côtes-d’Armor), son démonstrateur baptisé « Charlie ». Ce système, présenté par l’entreprise comme une première mondiale, réalise la liquéfaction complète du biogaz directement sur le site d’une exploitation agricole. Une opération qui, jusqu’ici, n’avait jamais été réalisée à cette échelle en conditions réelles.

Un verrou technologique levé

La méthanisation agricole souffre depuis longtemps d’une contrainte structurelle : pour valoriser le biogaz produit en injectant du biométhane dans les réseaux, les exploitations doivent se trouver à proximité des infrastructures gazières et disposer de volumes suffisants pour rentabiliser les équipements d’épuration. Ces deux conditions excluent de fait une large partie des fermes françaises, notamment les petites structures ou celles situées en zone rurale éloignée.

La solution développée par SUBLIME Energie consiste à liquéfier le biogaz brut sur place, ce qui densifie l’énergie produite et rend son transport possible par camion-citerne, sans dépendance aux réseaux. Le mélange liquéfié est ensuite acheminé vers une unité mutualisée, où sont réalisées les opérations d’épuration et de conditionnement, par distillation cryogénique, pour produire du bioGNL (gaz naturel liquéfié d’origine biologique) et du bioCO₂. L’entreprise décrit ce modèle logistique en référence à la tournée du laitier : une collecte régulière sur plusieurs exploitations, convergeant vers un point de traitement centralisé.

Crédit : SUBLIME Énergie.

Le démonstrateur « Charlie »

Le site de Plélo accueille l’ensemble des briques technologiques du procédé, regroupées pour la première fois sur une même installation. « Charlie » est adossé à l’exploitation Gazéa, pionnière de la méthanisation en Bretagne, dont le fondateur, Alain Guillaume, est également à l’origine de l’association des agriculteurs méthaniseurs de France. La capacité annoncée du démonstrateur atteint environ 180 tonnes de bioGNL et 330 tonnes de bioCO₂ liquide par an. Les premières productions sont attendues dans le courant de l’année, à l’issue des phases d’essais et de mise en service.

Deux coproduits distincts

Le procédé génère deux flux de valorisation. Le bioGNL est destiné à la mobilité lourde — poids lourds, engins agricoles, navires — où l’électrification présente des limites techniques ou économiques. Selon les données avancées par l’entreprise, ce carburant permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 85 % par rapport au diesel sur l’ensemble du cycle de vie. Le bioCO₂, coproduit issu de la séparation des composants du biogaz, est quant à lui destiné à des usages industriels et agricoles en substitution du CO₂ d’origine fossile.

En amont de la chaîne, la méthanisation elle-même contribue à réduire les émissions des élevages en captant le méthane des effluents et en limitant le recours aux engrais de synthèse.

Un modèle économique fondé sur l’achat à la ferme

Sur le plan financier, SUBLIME Energie se positionne comme acheteur du biogaz brut produit par les agriculteurs, leur garantissant un revenu complémentaire stable sans qu’ils aient à investir dans des équipements de valorisation supplémentaires. Les exploitants peuvent, s’ils le souhaitent, entrer au capital du projet.

Ce modèle vise aussi à offrir une voie de reconversion aux unités de méthanisation en cogénération dont les contrats arrivent à échéance, ou dont les exploitants souhaitent sortir. En leur permettant de basculer vers la liquéfaction, SUBLIME Energie entend prolonger la durée de vie de ces installations et améliorer leur rentabilité.

Un gisement estimé à 26 TWh à horizon 2050

L’entreprise s’appuie sur des projections sectorielles pour justifier l’ampleur du potentiel adressable. Selon ces estimations, le gisement de biométhane non valorisable faute d’accès aux réseaux représenterait 26 TWh à l’horizon 2050 en France, soit une part significative des objectifs nationaux de développement des gaz renouvelables.

La suite : le projet « Delta »

Fort de la validation technique apportée par « Charlie », SUBLIME Energie annonce le lancement du projet « Delta », premier modèle de série industrielle. Ce hub mutualisé réunira une dizaine de fermes dans les Côtes-d’Armor et sera dimensionné pour une production à plus grande échelle de bioGNL et de bioCO₂. Sa mise en service est prévue à l’horizon 2028. L’entreprise indique vouloir ensuite déployer son modèle à l’échelle nationale et européenne.


SUBLIME Energie a été fondée en juillet 2019 par Bruno Adhémar. Immatriculée en tant que société à mission — statut juridique qui l’engage sur des objectifs sociaux et environnementaux —, elle se définit comme une startup deeptech. Elle a notamment été lauréate du concours i-Nov en 2021 et de l’EIC Accelerator en 2025, programme européen de soutien à l’innovation de rupture. Son siège social est établi à Paris.

PdS
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La rédaction.

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