Ingénieurs, quels enjeux pour Naval Group et pour la France ? (par Pierre Éric Pommellet).

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Chez Naval Group, l’ingénierie représente plus d’un quart des 17 000 collaboratrices et collaborateurs. Elle conçoit et développe une très large gamme de produits, dont les plus complexes au monde : le porte-avions et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), piliers de la composante océanique de la dissuasion nucléaire française. Depuis la conception jusqu’au retrait de service, de la construction au maintien en condition opérationnelle, le panel des métiers de l’ingénierie est vaste. Pour donner à nos clients, et en premier lieu la Marine nationale, les moyens de leur puissance, un grand nombre de compétences et de spécialités, incarnées par des chargés d’études et d’essais, des responsables méthodes et processus, des intégrateurs fonctionnels systèmes ou des architectes d’ensemble, pour ne nommer qu’eux, est à pied d’œuvre.

Une ingénierie multiple 

Certaines spécialités traditionnelles comme la coque, la mécanique, l’électricité, la ventilation et les fluides, sont communes au naval civil tout en présentant des spécificités du militaire. Elles sont complétées par des métiers propres aux navires de combat. C’est le cas de la furtivité, de la discrétion acoustique, de la sûreté nucléaire, de la pyrotechnie, de la sécurité plongée et des systèmes de combat, des sonars, des radars et des armes. Dans un contexte d’accélération de la digitalisation des navires et des théâtres d’opérations, notre ingénierie s’est aussi dotée de spécialistes du numérique et de la cybersécurité, garants de la robustesse et de la résilience des capacités de nos navires lorsqu’ils sont en opération. Un bateau n’évolue jamais seul, il est engagé dans un système de forces composé d’autres navires, de sous-marins, de drones… Cet ensemble doit répondre, collectivement, aux missions qui lui sont confiées, communiquer et se coordonner en toute sécurité. Et puis, parce que nos navires sont habités par des équipages dimensionnés au juste besoin, l’ingénierie doit aussi façonner un environnement qui soit adapté à leurs exigences. C’est l’apanage des spécialistes du facteur humain, de l’intégration physique, de l’emménagement sous la coordination de l’architecture d’ensemble.

Le défi de la permanence à la mer 

À l’instar de la compétitivité accrue de nos bureaux d’études, de nos plateformes d’intégration logicielle, de nos ateliers comme de nos chantiers, le renforcement de l’exigence de disponibilité de nos produits constitue un challenge qui a engagé toutes nos spécialités d’ingénierie ces dernières années. La souveraineté maritime de la France en dépend. Ce défi que représente la construction de navires dont les périodes d’interruption pour entretien doivent être les plus courtes possible, avec une durée de vie allongée, nous l’avons relevé. Notre meilleur exemple est celui de la frégate de défense et d’intervention (FDI) qui présente un haut niveau de maintenabilité, permettant de réduire ses durées d’entretien et d’optimiser sa disponibilité opérationnelle. Une capacité comparable à celle des frégates multimissions (FREMM) de la Marine nationale qui atteignent un taux de disponibilité de 80 % depuis une décennie. Que traduit-elle ? Notre capacité à penser la maintenance et à prendre en compte les contraintes de notre ingénierie de soutien, dès le stade de l’avant-projet. Une capacité qui n’a rien de figé : les marines attendent aujourd’hui – et c’est encore plus vrai pour celles de premier rang comme la Marine nationale – de conserver leur supériorité. Là où nous étions, par le passé, dans une logique de refonte à mi-vie, soit 15 à 20 ans après la mise en service d’un navire, notre ingénierie pense, propose et produit aujourd’hui de l’innovation en continu sur les programmes en cours comme sur ceux à venir. C’est bien sûr le cas pour le SNLE de troisième génération (SNLE 3G) comme pour le porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) : nous prévoyons leur évolutivité, dès la conception, de la plus simple à la plus complexe. Pour nourrir cette approche incrémentale et se montrer disruptives, les équipes se doivent de rester à l’écoute des besoins des marins et des soubresauts du monde. Notre rôle est aussi de prendre des risques sur des sujets parfois clivants comme l’a été celui des drones. Parce que nous avons su être visionnaires et investir sur nos deniers propres pour développer ces nouvelles capacités, nous sommes aujourd’hui au rendez-vous de la dronisation des forces de la Marine nationale. Après la création d’une direction consacrée aux drones, aux systèmes autonomes et aux armes sous-marines en 2023, Naval Group ouvrira un centre d’excellence ultra-moderne, fin 2027, à La Londe-les- Maures, dans le Var.

Accélérer les cycles de développement

Notre ambition est de favoriser le mode agile pour accélérer les cycles de développement et de mise à disposition. Si nous croyons à un nouveau concept, il s’agit de proposer à nos partenaires et à nos clients une démonstration frugale puis, si l’adhésion est palpable, un premier prototype et très rapidement, un équipement ou un système intégrable à bord d’un navire. Pour notre ingénierie, ce rythme exige de prendre des raccourcis pour répondre au juste besoin, par une solution simple, robuste, efficace. Cette accélération de l’innovation coexiste chez Naval Group avec le temps long de nos programmes. Si l’on se projette un peu, les SNLE 3G assureront leurs missions de dissuasion jusqu’à la fin des années 2080 : il faut s’imaginer que le commandant de la dernière unité n’est pas né à l’heure où je vous parle ! Un programme s’étend sur plusieurs décennies chez nous. Il est rare qu’un ingénieur le suive du début à la fin. Pour autant, il est impératif de garantir cette continuité au long cours. L’un de nos forts enjeux est le maintien des compétences stratégiques dont certaines nous sont propres, exigeantes, pointues, sans parler des années indispensables à leur acquisition, parfois. Or, cette nécessité doit s’adapter aux jeunes générations, adeptes de nouveauté et de changement. Il nous revient pour attirer et fidéliser les talents, de structurer ces courses de fond en une multitude de sprints qui cohabitent avec le temps long. Et si Naval Group, comme d’autres industriels, construit des navires toujours plus digitalisés, son ingénierie doit suivre le même mouvement ; une gageure pour l’acteur du naval de défense que nous sommes, avec ses règles de secret et de confidentialité défense, ultra strictes. Rendre l’environnement numérique de travail de nos jeunes développeurs plus attractif, plus communiquant, à l’image de celui qu’ils trouvent en dehors de l’entreprise, c’est l’un des objectifs de notre plan de transformation numérique, initié en 2023, qui irrigue progressivement d’autres spécialités que le développement logiciel.

Promouvoir les métiers de l’ingénierie auprès des femmes 

Enfin, la féminisation, l’inclusion et la diversité sont aussi au cœur de nos préoccupations. En qualité de Président d’honneur de l’association Elles bougent, dont Naval Group est partenaire depuis 2014, et avec l’ensemble de nos équipes, nous poursuivons une démarche active de promotion de nos métiers d’ingénieures et de techniciennes auprès des collégiennes, des lycéennes et des étudiantes. Plus de 400 collaborateurs et collaboratrices de Naval Group, marraines et relais, multiplient les actions pour visibiliser l’éventail des métiers de l’industrie navale et de défense et promouvoir une meilleure inclusion des femmes. Si nos partenariats sont guidés par l’innovation avec un certain nombre d’écoles (École navale, Institut Polytechnique de Paris, Ensta, Institut-Mines Télécom), les sujets adressés (calculs scientifiques, simulation technico-opérationnelle, simulation physique, intelligence artificielle) n’ont pas de genre. Et j’ajouterais : le management non plus, qui recèle quantité d’opportunités à saisir dans notre secteur en pleine mutation et en pleine croissance (+313 ETP en ingénierie en 2025, 19 % de femmes dans les recrutements).

Pierre Éric Pommellet

Président-Directeur général de Naval Group

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La rédaction.

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