« La défense est d’abord une affaire de volonté politique » (par le député Frank Giletti).

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Si pendant longtemps la défense et singulièrement son budget ont servi de variable d’ajustement pour un grand nombre de responsables politiques, c’est que, malgré les livres blancs, le débat politique avait quasiment évincé les questions de défense. Certes, la dissuasion, clé de voûte de notre défense, n’était que très peu remise en question, mais une large partie de nos dirigeants a longtemps délaissé ces enjeux pourtant essentiels. Pour Marine Le Pen et Jordan Bardella, la réponse à l’utilité de notre défense est constante : préserver le statut de puissance de la France et lui permettre de défendre ses intérêts et ceux de son peuple.

Dans un monde que l’on dit de plus en plus instable, il est du devoir des responsables politiques de donner à notre pays les outils nécessaires à la défense de nos intérêts et de lui permettre d’assumer son rôle de puissance d’équilibre. Aux défaitistes qui considèrent la puissance de la France comme une incantation des temps passés, à ceux, souvent les mêmes, qui mettent leur espoir dans une illusoire puissance européenne, nous rappelons que ce statut repose sur des faits solides et tangibles. La puissance de la France relève tout d’abord de son territoire, et notamment de nos outre-mer, qui nous permettent de disposer de la deuxième zone économique exclusive du monde. Elle est également stratégique du fait de notre maîtrise souveraine du nucléaire. Elle est spatiale et navale et, bien sûr, diplomatique par notre siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Mais on ne peut que regretter que depuis quelques années notre voix dans le concert des nations, notre statut de puissance, aient pâti de la politique menée par Emmanuel Macron. Trop souvent, la France a semblé hésiter, se diluer dans des cadres supranationaux au détriment d’une position ferme. Pourtant, nombreux sont les pays qui nous font savoir leur souhait de voir la France se réapproprier sa place et sa voix.

Pour retrouver son rang, si la diplomatie nécessite d’être réorientée, le renforcement de notre appareil de défense est une nécessité concomitante. Mais cet effort budgétaire doit s’inscrire dans le cadre plus large d’un essor de l’esprit de défense dans notre pays. Ce dernier ne se décrète pas, il se cultive dès l’école, se transmet par la connaissance de notre histoire militaire, par le respect dû à nos soldats et par une politique ambitieuse de réserve opérationnelle. Il suppose également de mieux associer la Nation à ses armées, notamment via le développement du service national volontaire.

3% du PIB

Cet aspect n’est pas à minimiser car il est nécessaire, dans un contexte de forte dégradation de nos finances publiques, au consentement des Français à l’augmentation de l’effort budgétaire pour notre appareil de défense dans la mise à jour de la loi de programmation militaire qui va occuper l’Assemblée nationale dans quelques mois. Nous considérons que l’objectif minimal doit être porté à 3 % du PIB à l’horizon 2030, afin de garantir la cohérence d’un modèle d’armée complet et crédible. En deçà, nous entretiendrions l’illusion de la puissance sans en avoir les moyens.

Le Rassemblement national soutiendra bien entendu le rehaussement budgétaire de notre appareil de défense avec deux fils conducteurs.

Le premier est le renforcement de notre dissuasion nucléaire qui doit demeurer totalement souveraine. Clé de voûte de notre système de défense, à travers ses deux vecteurs, elle doit non seulement être préservée mais également figurer dans la Constitution et être maintenue au meilleur niveau possible de manière constante. Elle ne peut en aucun cas être placée sous un commandement intégré étranger, ni faire l’objet d’une codécision, fût-elle européenne. La crédibilité de la dissuasion repose sur l’unicité de la décision politique et sur la certitude que le Président de la République, et lui seul, en détient l’autorité. Et bien que les risques semblent s’éloigner en ce moment, notre dissuasion nucléaire ne peut se passer de notre nucléaire civil qu’il convient lui aussi de développer. Affaiblir l’un reviendrait mécaniquement à fragiliser l’autre.

« La France doit avoir les moyens de se défendre sur tout le spectre militaire. » Frank Giletti.

Le second est la préservation d’un « modèle d’armée complet ». Alors que le modèle otanien, repris d’ailleurs par l’Union européenne, pousse vers une sorte de division des moyens militaires par nation, la France doit avoir les moyens de se défendre sur tout le spectre militaire. C’est du fait de cette vision que la question de notre maintien dans le commandement intégré de l’OTAN peut se poser, et c’est bien sûr avec cette même vision que nous nous opposerons de toutes nos forces aux tentatives de l’Union européenne et de Mme von der Leyen de s’approprier une quelconque compétence en matière de défense.

« Si on admettait pour longtemps que la défense de la France cessât d’être dans le cadre national et qu’elle se confondît, ou se fondît avec autre chose, il ne serait pas possible de maintenir chez nous un État. » Ces mots du Général de Gaulle dans son discours à l’École militaire en 1959 sont pleinement d’actualité et correspondent parfaitement à la vision du Rassemblement national pour notre défense.

Bien sûr, cette vision n’est nullement incompatible avec le développement de coopérations avec d’autres nations. Coopérations entre nos armées, bien sûr : sur tout le globe, les armées françaises échangent, s’entraînent et parfois combattent avec d’autres ; mais également coopérations industrielles quand les besoins des nations sont les mêmes. Là aussi, ces coopérations doivent s’inscrire pleinement dans la logique de défense des intérêts français. Comment ne pas évoquer ici la question de l’avion de combat du futur, le SCAF ? Nos intérêts industriels et stratégiques commandent aujourd’hui de stopper cette coopération. Si les premières phases de développement en commun ont pu avoir un intérêt, il faut désormais que la France développe cet avion de manière autonome. Nous pourrons compter sur le savoir-faire des ingénieurs de Dassault pour doter la France de cet avion du futur et nous sommes convaincus que, comme le Rafale, cet appareil fera la fierté de la France et, si l’État continue son soutien, un élément fondamental pour notre balance commerciale.

« Nos intérêts industriels et stratégiques commandent aujourd’hui de stopper la coopération sur le SCAF » Frank Giletti.

Un successeur pour le Charles de Gaulle

Pour rester dans le domaine des investissements matériels qui devront être intégrés dans la mise à jour de la Loi de programmation militaire (LPM), nous défendons bien entendu un successeur pour le Charles de Gaulle. C’est une nécessité pour la France d’être dotée d’un porte-avions, outil d’une très grande polyvalence opérationnelle mais également instrument d’influence politique. Le calendrier prévu doit être scrupuleusement respecté ; les financements, qui pour l’immense majorité irrigueront notre tissu industriel national, doivent être sanctuarisés. Ces investissements doivent également se faire dans le domaine spatial, tant ce secteur est aujourd’hui incontournable pour la conduite des opérations et pour le renseignement, et bien sûr dans les drones, nos trois armées étant concernées. Notre armée de terre, dont les programmes sont parfois moins spectaculaires, doit-elle aussi être renforcée, notamment sur la question des munitions, de la maintenance des véhicules et bien entendu de l’entraînement de nos soldats. Ces investissements doivent aussi concerner des emprises militaires dans le monde. Marine Le Pen a récemment proposé de créer une base interarmées en Nouvelle-Calédonie.

Comme ne pas conclure sur les hommes et les femmes qui servent « pour le succès des armes de la France » selon la belle formule utilisée lors des passations de commandement ? Aucune stratégie, aucun budget, aucun équipement ne vaut sans l’engagement de ceux qui portent l’uniforme. La fidélisation des effectifs, l’amélioration des conditions de vie et de logement, la reconnaissance financière et symbolique, ainsi que le soutien indéfectible aux blessés et aux familles endeuillées doivent constituer une priorité absolue.

Il nous faut également simplifier les procédures administratives qui pèsent sur les chefs militaires, accélérer les recrutements dans les spécialités en tension et garantir un entraînement exigeant, condition première de notre crédibilité opérationnelle. La défense est d’abord une affaire de volonté politique.

Frank Giletti

Député (RN) du Var, Vice-président de la commission de la Défense

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