Défense : quelles priorités et quel budget pour la France ? (par le député Yannick Chenevard).

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Avant de répondre à cette question, il convient de s’interroger sur les risques, les menaces qui pèsent sur notre pays.  C’est dans la Revue nationale stratégique (RNS) 2025 que nous trouvons nos réponses. Le contexte stratégique continue de se dégrader qu’il s’agisse de l’environnement sécuritaire mondial, de notre relation transatlantique, de la multiplicité, de l’imbrication des crises et même de leurs simultanéités, de l’hybridité des menaces, de l’importance de notre zone économique exclusive, tout cela concoure à remettre nos certitudes en question.

Tirant les enseignements de cela bien avant cette dégradation, le budget de nos armées depuis 2017 est en constante augmentation passant de 32,3 à 57,2 milliards d’euros (Md€) en 2026. Il aura doublé en 2030. En France heureusement, nous nous sommes réveillés il y a neuf ans ! Aussi, ceux qui pendant 30 ans avaient décidé et mis en place une diminution du budget des armées jusqu’à ne représenter que 1.38 % du PIB pourraient avoir la décence de se faire plus discret. Les dégâts furent considérables, notre Marine a payé le prix fort passant de 135 à 85 bâtiments de combat. Il est facile, rapide de casser nos armées. Il faut beaucoup de temps, de moyens pour les rebâtir.

Désormais après une loi de programmation militaire (LPM) dite « de réparation », pas un segment n’échappe à cette transformation, à cette remontée en puissance. Sur mer, Frégate de défense et d’intervention (FDI), Patrouilleurs outre-mer (POM), Bâtiments ravitailleurs de forces (BRF), Patrouilleurs hauturiers (PH), Bâtiments de guerre des mines (BGDM), lancement en réalisation du Porte-avions de nouvelle génération (PANG)…, 22 départements métropolitains sont concernés. Sous la mer, Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) type Suffren, Sous-marins nucléaires lanceurs d’engin de troisième génération (SNLE 3G) – 17 départements métropolitains y contribuent – sans oublier les missiles M 51.4 et les drones. Dans les airs, commande à venir de Rafale M F5, d’avions de guet aériens embaqués E-2D, d’ATL2 rénovés, de Falcon 2000, de Falcon 50 transformés, d’Hélicoptères H160M, de drones, entre autres.

Plus de frégates, plus de Rafale

A la lumière des zones de guerres, des tensions actuelles ou futures, il conviendra de continuer à renforcer notre Marine dans plusieurs secteurs. Je pense particulièrement aux frégates de premier rang. Au nombre de 15 aujourd’hui, leur nombre mériterait d’être revu à la hausse. La perspective d’un affrontement à horizon 2030, la sécurisation de nos approvisionnements par voie maritime, la permanence de l’alerte d’un groupe aéronaval, nécessitent d’en augmenter le nombre pour passer à 18 voire à 21. La création d’une flottille de Rafale supplémentaire devra être étudiée. Le futur arrêt technique majeur N°3 (ATM) du Charles de Gaulle d’une durée de 18 mois entre 2027 et 2028 devrait permettre de connaitre l’état des chaufferies des réacteurs nucléaires K15 et la possibilité d’une éventuelle prolongation, les ATM se déroulant tous les dix ans. J’avais, dans le cadre de la LPM 2024-2030, co-signé l’amendement de Jean-Charles Larsonneur destiné à ce que le Gouvernement remette au Parlement un rapport « sur le coût et la viabilité du maintien en service du porte-avions au-delà de 2040 ». La question de la permanence de l’alerte d’un porte-avions et de son GAN doit être posée. La possession de deux porte-avions redevient nécessaire notamment dans la logique du basculement progressif des Etats-Unis vers l’Asie.

« La question de la permanence de l’alerte d’un porte-avions et de son groupe aéronaval doit être posée. »

Renforcer la présence outre-mer

Outre-mer, dans une zone économique exclusive de 11 millions de km2, il n’est pas un lieu ou flotte notre drapeau ou notre pavillon qui soit ou sera exposé à ce retour des empires et à leur volonté de contrôle des espaces maritimes. Nous devons, là aussi, poursuivre la remontée en puissance de notre Marine et des bâtiments qui y sont prépositionnés. Après le désarmement du dernier P 400, l’arrivée des patrouilleurs Outre-mer plus gros (1 300 tonnes au lieu de 400), disposant d’une plateforme pour drone, plus performants, plus endurants, mieux équipés, se poursuit à un bon rythme. Le sujet du renouvellement des frégates de surveillance se posera au-delà de 2030 et nous amène à réfléchir à leurs successeurs, qu’il s’agisse de leur taille (en rapport avec les infrastructures portuaires existantes, quais, docks ou bassins), de leur armement et de leur nombre. La perte capacitaire partielle liée au non-remplacement des Bâtiments de transport léger (Batral) mériterait d’être compensée par la construction de navires de ce type, d’environ 80 mètres, et disposant de la capacité de débarquer hommes et matériels pour des missions de soutien logistique et d’assaut amphibie, y compris dans le cadre d’opérations à caractère humanitaire.

Sécuriser nos approvisionnements stratégiques 

Concernant la sécurisation de nos approvisionnements stratégiques, l’accélération du processus de réactualisation de la flotte stratégique[1], suite de la mission gouvernementale que m’avait confiée Elisabeth Borne alors la Première Ministre, est en route. 64 % de mes recommandations ont été traitées ou sont en passe de l’être, sous l’autorité du Secrétaire général de la mer (SGMER) que je remercie pour ce travail interministériel indispensable. Je veux ici saluer les efforts de la Marine pour renforcer la coopération avec l’Ecole nationale supérieure maritime (ENSM) et son directeur François Lambert, dont certains étudiants volontaires ont déjà effectué une PMS « Marine ». Dix-sept ont signé un engagement à servir dans la réserve et sont affectés dans ce cadre au MICA Center[2]. Une montée en puissance est possible avec l’objectif de doublement des réserves fixée dans la LPM. D’autres coopérations importantes entre la Marine nationale et la marine de commerce sont en cours et testées à l’occasion de nombreux exercices. La montée en puissance du Pavillon français tout particulièrement celle du Registre International Français (RIF), passé de 424 navires en 2021 à 460 en 2025[3]  est encourageante.  Il faut cependant que nos efforts de souveraineté passent par le retour et l’accompagnement financier de la construction de navires civils de 100 à 200 mètres en nombre plus important, le niveau européen devant également être envisagé.

L’histoire navale nous rappelle que les marines de combat furent créées pour protéger le commerce maritime, source vitale, de respiration, de fonctionnement de nos États. Impossible encore aujourd’hui d’ignorer cet axiome. Impossible également de séparer notre Marine nationale de navires civils spécialisés dans certaines opérations. Cette complémentarité est une immense force pour notre pays, nous n’en mesurons pas encore toutes les applications mais nous avons conscience du caractère indispensable de cette coopération. La situation internationale nous oblige. Il faut du temps pour rebâtir.  Le doublement du budget de nos armées s’accompagne d’une remontée capacitaire. Effectifs, formation, construction, transformation, cela nécessite persévérance, efforts, anticipation et coopération. Il faut poursuivre, ne pas mollir.  C’est le prix de notre souveraineté. « Le combat en mer se gagne autant par l’intelligence des armes que par le courage des hommes[4]».

Yannick Chenevard

Député (Ensemble pour la République), rapporteur du budget de la Marine.


NOTES : 

  1. Mission gouvernementale sur la réévaluation du dispositif de flotte stratégique confiée à Yannick Chenevard
  2. Le MICA Center (Maritime Information Cooperation & Awareness Center), basé à Brest, est un centre d’échange d’informations créé par la Marine française pour améliorer la connaissance et la sécurité du domaine maritime. Il facilite la coopération entre marines, armateurs et acteurs du transport maritime afin de prévenir les risques (piraterie, trafics, menaces hybrides) et protéger la navigation.
  3. Source DGAMPA rapport trimestriel
  4. Amiral François-Thomas AUBE, (1820-1892), il incarna la « Jeune Ecole ».
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La rédaction.

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