À quelques mois des élections municipales de 2026, France Terre de Pêches monte au créneau. La plateforme, qui fédère plus de 1 000 entreprises de pêche et 5 500 marins-pêcheurs, a adressé le 4 mars un manifeste aux principales associations d’élus — l’AMF, l’ANEL et l’AMRF — pour alerter sur un constat aussi simple qu’alarmant : près de 70 % des produits de la mer consommés en France sont aujourd’hui issus de l’importation.
Derrière ce chiffre se dessine une réalité que l’organisation entend placer au cœur du débat électoral : la souveraineté alimentaire de la France ne se joue pas uniquement dans les champs. Elle est aussi maritime.
Un secteur sous pression
Le contexte est peu favorable. Malgré les signaux encourageants qu’avaient représentés la signature d’un contrat stratégique de filière au Salon de l’Agriculture 2025 et la tenue de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan à Nice, le modèle français de pêche reste fragilisé. Instabilité internationale, dérèglement climatique, concurrence de pays tiers s’affranchissant parfois des normes sociales et environnementales européennes, incertitudes budgétaires à Bruxelles : les menaces s’accumulent sur une filière pourtant construite depuis trente ans et reconnue parmi les plus encadrées et durables du monde.
Le maire, un acteur de souveraineté
Face à ce tableau, France Terre de Pêches choisit de s’adresser directement aux édiles locaux. Car si les décisions structurantes se prennent à Paris ou à Bruxelles, les maires disposent de leviers concrets — et souvent sous-estimés. Prioritairement, l’approvisionnement en poisson français dans les cantines scolaires et la restauration collective constitue un levier immédiatement actionnable, sans attendre une réforme législative. Des initiatives locales montrent que le modèle est viable. Reste à le généraliser.
« Les maires sont les premiers alliés des pêcheurs », souligne Kenatea Chavez-Hey, porte-parole de l’organisation. « Nous ne pourrons réduire notre dépendance aux importations qu’en soutenant pleinement notre propre modèle de pêche, pluriel, durable et responsable. »
Huit propositions, trois axes
Pour structurer son plaidoyer, France Terre de Pêches formule huit propositions articulées autour de trois axes. Le premier vise à renforcer la compétitivité de la filière et à engager une politique ambitieuse de modernisation de la flotte. Le deuxième appelle à une planification maritime intégrée, incluant la défense des droits de pêche français, la cohabitation avec l’éolien offshore et une surveillance rigoureuse des aires marines protégées. Le troisième axe, plus social, porte sur la transmission du métier : adapter la formation, sécuriser les parcours de carrière, et faciliter l’accès des marins extracommunautaires aux flottes européennes.
Un appel transpartisan
Le manifeste se veut délibérément apolitique. France Terre de Pêches interpelle l’ensemble des maires, « indépendamment de leurs sensibilités politiques », pour qu’ils portent une voix unie en faveur d’un secteur qui nourrit annuellement l’équivalent de 10 millions de Français. Un rappel utile, à l’heure où la souveraineté alimentaire s’impose comme l’un des marqueurs politiques majeurs du cycle électoral à venir.
France Terre de Pêches a été fondé en 2024 à l’initiative d’entreprises de pêche et d’organisations de producteurs. Plus d’informations sur terredepeches.fr



