Publiée par le site Renaissance Industrielle, cette note de réflexion — signée par Guillaume Basset, Geoffroy Caude et Stéphane Raison — propose un diagnostic lucide et ambitieux sur la place des ports français dans la reconquête de notre souveraineté industrielle, soixante ans après la création des ports autonomes par le général de Gaulle.
Le document part d’un constat fort : les ports ne sont plus de simples infrastructures logistiques. Ils constituent désormais des acteurs industriels et géopolitiques de premier plan, indispensables à toute stratégie sérieuse de réindustrialisation. Ils assurent la connectivité aux marchés mondiaux, peuvent devenir des hubs énergétiques décarbonés et offrir des conditions de mutualisation d’investissements entre industriels. Leur foncier est un actif stratégique de la Nation — une réalité que Pékin, Washington et les principales puissances moyennes (Turquie, Maroc, Espagne) ont parfaitement intégrée dans leurs politiques industrielles respectives.
La note rappelle l’héritage gaullien : le 8 novembre 1965, six ports autonomes — Dunkerque, Le Havre, Rouen, Nantes Saint-Nazaire, Bordeaux et Marseille — sont créés avec une vision planificatrice claire. Des réserves foncières considérables sont constituées par expropriation : 3 000 hectares à Dunkerque, 10 000 entre Le Havre et Rouen, 14 000 à Marseille. Un capital stratégique exceptionnel.
Mais cet héritage a été progressivement dilapidé. Après les chocs pétroliers des années 1970, l’effort d’aménagement s’interrompt, tandis que les ports européens concurrents — Rotterdam, Anvers, Hambourg — investissent massivement dans leurs infrastructures conteneurisées. La France tarde à se réformer et, lorsqu’elle le fait en 2008, elle est déjà en retard sur ses voisins. Plus grave encore : l’application uniforme des directives environnementales européennes sur le territoire portuaire français — Natura 2000, ZAN, méthode ERC — a abouti à geler des milliers d’hectares pourtant destinés au développement industriel. À Marseille-Fos, 4 000 hectares sont sanctuarisés ; 2 000 au Havre. Pendant ce temps, Anvers ne protège que 500 hectares sur ses 14 000 hectares dédiés au développement. Les ports français protègent aujourd’hui plus de 30 % de leurs zones industrialo-portuaires comme espaces naturels — bien au-delà de tout équivalent européen.
Face à cette impasse, les auteurs identifient deux leviers d’action prioritaires. Le premier est la reconquête foncière : libérer rapidement des espaces pré-équipés en utilités — eau industrielle, électricité, fibre, pipelines — pour répondre à l’impératif du time to market qu’exigent les décisions d’investissement industriel. L’exemple de Dunkerque, où la construction anticipée d’un poste électrique de forte puissance en 2018 a déclenché une vague d’implantations industrielles, illustre l’efficacité de cette approche. Le second levier est la réforme de la gouvernance, en s’inspirant des modèles néerlandais, belge et espagnol, et en renforçant la coopération entre l’État et les régions pour doter les ports d’une véritable stratégie nationale de réindustrialisation.
La conclusion est sans ambiguïté : il n’existe pas de grande nation souveraine sans un système portuaire performant adossé à un socle industriel puissant. La sanctuarisation du foncier économique portuaire est un enjeu de compétitivité nationale à très long terme, qui appelle une décision politique courageuse et un débat collectif associant élus, industriels et acteurs territoriaux.
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Ce texte s’inscrit naturellement dans les thématiques portées le Portail des Souverainetés, en articulant souveraineté maritime, enjeux industriels et stratégie nationale — une perspective qui mérite une large diffusion auprès des décideurs du secteur de la défense et de l’industrie.
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