Le gouvernement français débloque 300 millions d’euros pour financer quinze nouveaux programmes de recherche stratégiques, dans le cadre du plan France 2030. Objectif affiché : reprendre la main sur les technologies clés du XXIe siècle et réduire les dépendances étrangères dans des secteurs jugés critiques.
Santé, énergie, IA : une France qui veut peser
L’initiative, pilotée par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace (MESRE) en lien avec le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), couvre un spectre délibérément large. Santé, transition agroécologique, biodiversité, énergie décarbonée, semi-conducteurs, intelligence artificielle : aucun des grands défis technologiques n’est laissé de côté.
Parmi les programmes phares figure PRODROM-ND, qui ambitionne de détecter les maladies neurodégénératives — Alzheimer en tête — à un stade précoce, grâce à l’intelligence artificielle et à l’analyse de cohortes de patients sur le long terme. Dans le même esprit, TRANSCEND-ID vise à personnaliser la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques grâce à la stratification moléculaire, tandis que TREASURE entend créer la première « clinique de transplantation augmentée » assistée par l’IA.
Semi-conducteurs : sortir de la dépendance
C’est peut-être sur le front des technologies souveraines que les ambitions sont les plus explicites. Deux programmes ciblent directement la filière des semi-conducteurs, talon d’Achille industriel mis en lumière par les crises d’approvisionnement des dernières années. PHOENIX vise à créer un hub national de conception de puces avancées, aligné sur le Chips Act européen. INITIATIVE PACKAGING cherche, lui, à structurer une communauté nationale autour de la maîtrise du packaging — cette étape critique qui conditionne les performances finales d’un composant.
Plus ambitieux encore : le programme COMPOSANTS IA entend concevoir des accélérateurs d’intelligence artificielle souverains, pour réduire la dépendance aux géants américains que sont Nvidia et AMD. Une priorité dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes autour des technologies numériques.
L’IA au service de la science
L’intelligence artificielle n’est pas seulement un secteur cible : elle est aussi un outil mobilisé transversalement. Le programme AIKO (AI for Publication Knowledge) ambitionne de doter la communauté scientifique française d’infrastructures souveraines pour explorer et analyser la littérature mondiale. JUMEAUX NUMÉRIQUES, de son côté, vise à créer une plateforme logicielle nationale pour simuler des systèmes complexes, de l’usine à la ville.
Un modèle qui rompt avec les silos
Au-delà des thématiques, c’est le mode de gouvernance qui retient l’attention. Chaque programme est porté par une agence spécialisée — Agralife, Aped, Asic, Num — censée fédérer acteurs académiques et industriels autour d’objectifs communs. Bruno Bonnell, secrétaire général pour l’investissement, a insisté sur cette rupture organisationnelle : il s’agit d’en finir avec le travail en silo qui a longtemps fragmenté l’effort de recherche français. Il a également appelé le secteur privé à compléter cet investissement public, précisant que l’engagement de l’État n’a de sens que s’il entraîne dans son sillage des financements industriels.
France 2030, un plan à 54 milliards
Ces 300 millions s’inscrivent dans le cadre bien plus large du plan France 2030, doté de 54 milliards d’euros au total. Le plan affiche deux contraintes transversales : consacrer au moins la moitié de ses dépenses à la décarbonation, et réserver l’autre moitié aux acteurs émergents porteurs d’innovation, sans financer de projets nuisibles à l’environnement.
Pour Philippe Baptiste, ministre de tutelle, l’enjeu est clair : « faire de la recherche française un moteur de notre souveraineté scientifique et technologique », dans un monde où la capacité à innover de façon autonome est devenue un impératif stratégique autant qu’économique.



