Publié en 2025 aux Presses des Mines, Approvisionnements en métaux critiques. L’industrie au défi des grandes dépendances est une note de La Fabrique de l’industrie rédigée par les économistes David Lolo et Jonathan Fellous, avec une préface de Philippe Varin. L’ouvrage s’appuie sur une trentaine d’entretiens menés entre janvier et juillet 2025 auprès d’entreprises industrielles, de porteurs de projets et d’experts pour dresser un état des lieux des stratégies d’approvisionnement à l’échelle microéconomique.
Une dépendance structurelle préoccupante
Le document part d’un constat chiffré : l’industrie européenne dépend des pays tiers à hauteur de 70% pour ses besoins en métaux stratégiques, et la France à 100%, faute d’activité minière. Cette vulnérabilité est aggravée par la domination chinoise sur le raffinage mondial — 91% pour les terres rares, 98% pour le gallium — et par l’usage croissant des ressources minérales comme levier géopolitique, illustré par les restrictions chinoises à l’exportation de terres rares introduites en 2025.
Des leviers d’entreprise aux limites réelles
Face à ces risques, les auteurs identifient trois stratégies mobilisées par les industriels : la diversification des fournisseurs, l’intégration verticale et la substitution matière. Chacune présente des contraintes sérieuses : la diversification peut masquer une dépendance commune en amont de la chaîne ; l’intégration verticale est coûteuse et ne protège pas des chocs exogènes (embargos, effondrement des cours) ; la substitution reste tributaire d’avancées technologiques lentes et incertaines. Des acteurs comme Airbus, Safran (rachat d’Aubert & Duval pour le titane) ou Stellantis (prises de participation dans des mines de lithium et de cobalt) illustrent ces démarches concrètes.
Une relocalisation européenne encore incertaine
Le troisième volet examine les perspectives de réindustrialisation minière et de recyclage à l’échelle européenne, dans le cadre du Critical Raw Materials Act adopté en avril 2024. La France accueille plusieurs projets de production de lithium (Imerys, Eramet, Lithium de France) visant à couvrir 40% de la demande nationale d’ici 2030, mais les auteurs soulignent des délais administratifs longs — jusqu’à 18 mois pour un simple permis de recherche — et des modèles économiques fragilisés par la volatilité des cours. L’État soutient une quarantaine de projets liés aux filières des métaux critiques pour un montant total d’1,1 milliard d’euros d’aides publiques.
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