{"id":607,"date":"2026-03-07T06:36:00","date_gmt":"2026-03-07T06:36:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lzbpmhj.cluster100.hosting.ovh.net\/?p=607"},"modified":"2026-03-07T10:39:33","modified_gmt":"2026-03-07T10:39:33","slug":"7-mars-1966-retrait-de-la-france-de-la-structure-militaire-integree-de-lotan-lettre-du-general-de-gaulle-a-son-homologue-americain-lyndon-b-johnson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portail-souverainetes.fr\/index.php\/2026\/03\/07\/7-mars-1966-retrait-de-la-france-de-la-structure-militaire-integree-de-lotan-lettre-du-general-de-gaulle-a-son-homologue-americain-lyndon-b-johnson\/","title":{"rendered":"7 mars 1966 : retrait de la France de la structure militaire int\u00e9gr\u00e9e de l\u2019OTAN (Lettre du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 son homologue am\u00e9ricain Lyndon B. Johnson)."},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le 7 mars 1966, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle adresse au pr\u00e9sident am\u00e9ricain Lyndon B. Johnson une lettre dans laquelle il annonce le retrait de la France du commandement militaire int\u00e9gr\u00e9 de l\u2019Organisation du trait\u00e9 de l\u2019Atlantique Nord. Cette d\u00e9cision, pr\u00e9par\u00e9e de longue date, repose sur un principe cardinal\u00a0: la reconqu\u00eate par la France de l\u2019entier exercice de sa souverainet\u00e9. Il y a soixante ans, jour pour jour, ce choix strat\u00e9gique redessinait les relations transatlantiques sans rompre l\u2019Alliance.<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Organisation du trait\u00e9 de l\u2019Atlantique Nord est n\u00e9e le 4 avril 1949, dans le contexte de la confrontation naissante entre le bloc occidental et l\u2019Union sovi\u00e9tique. Douze pays fondateurs, dont la France, les \u00c9tats-Unis et le Canada, signent alors \u00e0 Washington un trait\u00e9 de d\u00e9fense collective destin\u00e9 \u00e0 prot\u00e9ger l\u2019Europe occidentale face \u00e0 la menace sovi\u00e9tique. En 1966, l\u2019Alliance compte quinze membres, dont la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale d\u2019Allemagne, qui l\u2019a rejointe en 1955. Son si\u00e8ge est install\u00e9 \u00e0 Paris depuis 1952.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais en dix-sept ans, la donne strat\u00e9gique a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9. En 1949, les \u00c9tats-Unis \u00e9taient la seule puissance nucl\u00e9aire. L\u2019URSS a fait exploser sa premi\u00e8re bombe atomique quelques semaines seulement apr\u00e8s la signature du trait\u00e9. Depuis, le Royaume-Uni, la France \u2013 avec son premier essai nucl\u00e9aire dans le Sahara en f\u00e9vrier 1960 \u2013 puis la Chine ont rejoint le cercle des puissances atomiques. L\u2019\u00e9quilibre de la terreur entre Washington et Moscou a remplac\u00e9 la sup\u00e9riorit\u00e9 absolue am\u00e9ricaine, et l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une confrontation directe en Europe para\u00eet d\u00e9sormais moins probable qu\u2019au d\u00e9but de la guerre froide.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parall\u00e8lement, l\u2019OTAN s\u2019est orient\u00e9e vers une int\u00e9gration militaire de plus en plus \u00e9tendue, pla\u00e7ant les forces arm\u00e9es des pays membres sous des commandements unifi\u00e9s domin\u00e9s de facto par les \u00c9tats-Unis. Le Commandement supr\u00eame des forces alli\u00e9es en Europe (SHAPE), install\u00e9 \u00e0 Rocquencourt puis \u00e0 Saint-Germain-en-Laye, est dirig\u00e9 par un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain. Pour le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, cette architecture place la France dans une situation de subordination inacceptable.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>Un processus engag\u00e9 d\u00e8s 1958<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le retrait du 7 mars 1966 n\u2019est pas un coup de tonnerre isol\u00e9. Il constitue l\u2019aboutissement d\u2019un processus que de Gaulle a engag\u00e9 d\u00e8s son retour au pouvoir en 1958. Le fondateur de la V<sup>e<\/sup>\u00a0R\u00e9publique nourrit en effet une ambition pr\u00e9cise pour la France\u00a0: celle d\u2019une nation pleinement souveraine dans ses choix strat\u00e9giques et diplomatiques, qui ne d\u00e9pende pas de la puissance am\u00e9ricaine pour assurer sa d\u00e9fense.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s septembre 1958, il adresse au pr\u00e9sident Eisenhower et au Premier ministre Macmillan un m\u00e9morandum proposant la cr\u00e9ation d\u2019un directoire tripartite franco-am\u00e9ricano-britannique au sein de l\u2019Alliance. La proposition reste lettre morte. De Gaulle en tire les cons\u00e9quences et engage un retrait progressif. En 1959, les forces navales fran\u00e7aises de M\u00e9diterran\u00e9e sont retir\u00e9es du commandement int\u00e9gr\u00e9. En 1962, c\u2019est au tour des forces de la Manche et de l\u2019Atlantique. En juin 1959, le chef de l\u2019\u00c9tat refuse le stockage d\u2019armes nucl\u00e9aires am\u00e9ricaines sur le sol fran\u00e7ais, ce qui conduit les \u00c9tats-Unis \u00e0 transf\u00e9rer hors de France environ deux cents avions militaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En janvier 1963, de Gaulle rejette la proposition am\u00e9ricano-britannique de cr\u00e9er une force nucl\u00e9aire multilat\u00e9rale au sein de l\u2019OTAN. La m\u00eame ann\u00e9e, il met son veto \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la Grande-Bretagne dans le March\u00e9 commun, la jugeant trop atlantiste. En juin 1963, la France retire ses forces navales de l\u2019Atlantique et de la Manche du commandement alli\u00e9. En 1964, la force de dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise devient op\u00e9rationnelle, conf\u00e9rant \u00e0 la France une capacit\u00e9 de d\u00e9fense autonome que de Gaulle refuse cat\u00e9goriquement de placer sous un commandement \u00e9tranger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s 1964, le g\u00e9n\u00e9ral confiait \u00e0 son ministre de l\u2019Information, Alain Peyrefitte, le fond de sa pens\u00e9e en des termes d\u00e9pourvus d\u2019ambig\u00fc\u00edt\u00e9\u00a0:\u00a0<em>\u00ab\u00a0L\u2019Alliance est souhaitable tant qu\u2019une menace subsiste \u00e0 l\u2019Est\u00a0! L\u2019Alliance, oui, mais pas l\u2019OTAN, pas l\u2019organisation militaire int\u00e9gr\u00e9e aux ordres des Am\u00e9ricains.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<h1 style=\"text-align: justify;\"><strong>La conf\u00e9rence de presse du 21 f\u00e9vrier 1966<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 21 f\u00e9vrier 1966, dans la salle des f\u00eates du palais de l\u2019\u00c9lys\u00e9e, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle tient une conf\u00e9rence de presse au cours de laquelle il pr\u00e9pare l\u2019opinion \u00e0 la d\u00e9cision qui sera formalis\u00e9e deux semaines plus tard. Devant les journalistes, il expose sa lecture de l\u2019\u00e9volution des rapports Est-Ouest et en tire les cons\u00e9quences pour la politique de d\u00e9fense fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De Gaulle rel\u00e8ve que la menace sovi\u00e9tique qui justifiait l\u2019architecture de l\u2019OTAN \u00e0 sa cr\u00e9ation a consid\u00e9rablement \u00e9volu\u00e9. L\u2019\u00e9quilibre nucl\u00e9aire entre les deux superpuissances rend d\u00e9sormais improbable une confrontation directe sur le sol europ\u00e9en. Dans le m\u00eame temps, l\u2019intervention am\u00e9ricaine au Vietnam risque d\u2019entra\u00eener l\u2019Europe, par le m\u00e9canisme de l\u2019int\u00e9gration, dans un conflit qui n\u2019est pas le sien. Le pr\u00e9sident fran\u00e7ais formule alors la cl\u00e9 de sa d\u00e9marche\u00a0: l\u2019incompatibilit\u00e9 entre la volont\u00e9 de la France de disposer d\u2019elle-m\u00eame et une organisation de d\u00e9fense dans laquelle elle se trouve subordonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il pr\u00e9cise n\u00e9anmoins que cette d\u00e9cision ne constitue pas une rupture avec les alli\u00e9s occidentaux. Il s\u2019agit, dans ses termes, d\u2019une\u00a0<em>\u00ab\u00a0n\u00e9cessaire adaptation\u00a0\u00bb<\/em>. La France entend rester membre de l\u2019Alliance atlantique. Elle consid\u00e8re toujours qu\u2019il est utile \u00e0 sa s\u00e9curit\u00e9 et \u00e0 celle de l\u2019Occident d\u2019\u00eatre alli\u00e9e \u00e0 un certain nombre d\u2019\u00c9tats, notamment aux \u00c9tats-Unis. Mais elle refuse d\u00e9sormais que son destin soit li\u00e9 aux d\u00e9cisions prises dans un cadre o\u00f9 la pr\u00e9pond\u00e9rance am\u00e9ricaine s\u2019exerce sans contrepoids.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"812\" height=\"684\" allow=\"autoplay\" title=\"Vid\u00e9o Lumni Enseignement :  La position de la France vis-\u00e0-vis de l'OTAN en 1966 \" src=\"https:\/\/enseignants.lumni.fr\/export\/player\/00000000750\" allowfullscreen><\/iframe>\n\n\n\n<h1 style=\"text-align: left;\"><strong>Lettre du 7 mars 1966 : la souverainet\u00e9 comme principe directeur<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lundi 7 mars 1966, en fin d\u2019apr\u00e8s-midi, le ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res Maurice Couve de Murville convoque dans son bureau du Quai d\u2019Orsay l\u2019ambassadeur des \u00c9tats-Unis, Charles Bohlen. Il lui remet un message personnel du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise destin\u00e9 au pr\u00e9sident Lyndon B. Johnson. Par courtoisie, de Gaulle a tenu \u00e0 pr\u00e9venir son homologue am\u00e9ricain avant toute notification officielle aux gouvernements membres de l\u2019Alliance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans cette lettre, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle commence par reconna\u00eetre la valeur de l\u2019Alliance atlantique et le r\u00f4le essentiel jou\u00e9 par les \u00c9tats-Unis dans la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019Occident. Il confirme l\u2019intention de la France de rester partie au trait\u00e9 de Washington du 4 avril 1949 et rappelle sa r\u00e9solution de combattre aux c\u00f4t\u00e9s de ses alli\u00e9s en cas d\u2019agression non provoqu\u00e9e contre l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019essentiel du propos porte sur la souverainet\u00e9. De Gaulle \u00e9crit que les changements accomplis ou en cours depuis 1949, tant dans la situation internationale que dans la situation propre de la France et de ses forces, ne justifient plus les dispositions d\u2019ordre militaire prises apr\u00e8s la conclusion de l\u2019Alliance. Il affirme alors, dans une formulation devenue c\u00e9l\u00e8bre, que la France se propose de\u00a0<em>\u00ab\u00a0recouvrer sur son territoire l\u2019entier exercice de sa souverainet\u00e9, actuellement entam\u00e9 par la pr\u00e9sence permanente d\u2019\u00e9l\u00e9ments militaires alli\u00e9s ou par l\u2019utilisation habituelle qui est faite de son ciel\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot\u00a0<em>souverainet\u00e9<\/em>\u00a0est ici le pivot de l\u2019argumentation gaullienne. Il ne s\u2019agit pas, dans l\u2019esprit du pr\u00e9sident fran\u00e7ais, d\u2019un concept abstrait ou rh\u00e9torique. Il d\u00e9signe une r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et mesurable\u00a0: le plein contr\u00f4le par un \u00c9tat de son territoire, de son espace a\u00e9rien, de ses forces arm\u00e9es, de ses choix strat\u00e9giques. Or, au moment o\u00f9 de Gaulle \u00e9crit, des dizaines de milliers de militaires \u00e9trangers stationnent en France, des bases a\u00e9riennes sont utilis\u00e9es par des forces alli\u00e9es sans contr\u00f4le fran\u00e7ais r\u00e9el, et certaines installations ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es comme relais pour des op\u00e9rations que la France d\u00e9sapprouvait, notamment au Congo.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La lettre pr\u00e9cise \u00e9galement les trois mesures concr\u00e8tes qui d\u00e9coulent de ce principe\u00a0: la cessation de la participation fran\u00e7aise aux commandements int\u00e9gr\u00e9s, la fin de la mise \u00e0 disposition de forces fran\u00e7aises au profit de l\u2019OTAN, et la demande de d\u00e9part des \u00e9l\u00e9ments militaires \u00e9trangers du territoire national. De Gaulle se d\u00e9clare toutefois pr\u00eat \u00e0 r\u00e9gler avec les gouvernements alli\u00e9s les mesures pratiques que ces d\u00e9cisions impliquent, et \u00e0 s\u2019entendre avec eux sur les facilit\u00e9s militaires mutuelles en cas de conflit commun.<\/p>\n<h1 style=\"text-align: left;\"><strong>La souverainet\u00e9 fran\u00e7aise face \u00e0 l\u2019int\u00e9gration atlantique<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour comprendre la port\u00e9e de la d\u00e9cision du 7 mars 1966, il faut mesurer ce que repr\u00e9sentait concr\u00e8tement l\u2019int\u00e9gration militaire pour la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. De Gaulle l\u2019a exprim\u00e9 avec une nettet\u00e9 particuli\u00e8re lors du Conseil des ministres du 23 mars 1966, en relevant que l\u2019int\u00e9gration fonctionnait selon un double standard\u00a0: les forces am\u00e9ricaines restaient sous commandement am\u00e9ricain tandis que les forces alli\u00e9es \u00e9taient \u00e9galement plac\u00e9es sous commandement am\u00e9ricain. En d\u2019autres termes, l\u2019int\u00e9gration ne fonctionnait, dans les faits, que dans un sens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette asym\u00e9trie touchait un point particuli\u00e8rement sensible pour la France\u00a0: la force de dissuasion nucl\u00e9aire. Depuis que la France \u00e9tait devenue une puissance atomique, la question du contr\u00f4le de cette arme ultime se posait avec acuit\u00e9. De Gaulle refusait cat\u00e9goriquement que la d\u00e9cision d\u2019emploi de l\u2019arme nucl\u00e9aire fran\u00e7aise puisse d\u00e9pendre d\u2019un commandement \u00e9tranger. Pour lui, la dissuasion n\u2019avait de sens que si elle demeurait sous l\u2019autorit\u00e9 exclusive du chef de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais, garant de l\u2019ind\u00e9pendance nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 du nucl\u00e9aire, la notion de souverainet\u00e9 d\u00e9fendue par de Gaulle englobait la capacit\u00e9 de la France \u00e0 mener une politique \u00e9trang\u00e8re ind\u00e9pendante. Le contexte de la guerre du Vietnam illustrait le risque\u00a0: par le m\u00e9canisme de l\u2019int\u00e9gration des forces et des bases, la France pouvait se trouver automatiquement impliqu\u00e9e dans un conflit d\u00e9cid\u00e9 par Washington, sans avoir eu voix au chapitre. De Gaulle l\u2019avait dit sans d\u00e9tour lors de sa conf\u00e9rence de presse du 21 f\u00e9vrier\u00a0: l\u2019imbrication du territoire, des communications et des bases fran\u00e7aises dans le syst\u00e8me de commandement am\u00e9ricain ne pouvait subsister plus longtemps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut noter \u00e9galement que de Gaulle lie la question de la souverainet\u00e9 \u00e0 celle de l\u2019esprit de d\u00e9fense. Dans sa vision, une nation qui d\u00e9l\u00e8gue la responsabilit\u00e9 de sa d\u00e9fense \u00e0 un commandement \u00e9tranger perd progressivement la conscience de son propre r\u00f4le et la volont\u00e9 de se d\u00e9fendre par ses propres moyens. La souverainet\u00e9, pour de Gaulle, n\u2019\u00e9tait pas un simple attribut juridique\u00a0; elle \u00e9tait la condition m\u00eame de l\u2019existence d\u2019une nation libre, capable d\u2019\u00eatre utile \u00e0 ses alli\u00e9s pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle conservait les mains libres.<\/p>\n<h1><strong>R\u00e9actions et cons\u00e9quences imm\u00e9diates<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 10 mars 1966, trois jours apr\u00e8s la lettre \u00e0 Johnson, un m\u00e9morandum est transmis aux quatorze alli\u00e9s de la France au sein de l\u2019OTAN. De Gaulle y r\u00e9affirme que l\u2019Alliance doit se poursuivre aussi longtemps qu\u2019elle appara\u00eetra n\u00e9cessaire, mais que ses modalit\u00e9s d\u2019organisation doivent \u00eatre r\u00e9vis\u00e9es. Un second aide-m\u00e9moire, dat\u00e9 du 29 mars, fixe les modalit\u00e9s pratiques\u00a0: le retrait des \u00e9tats-majors et des bases devra \u00eatre achev\u00e9 au 1<sup>er<\/sup>\u00a0avril 1967.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ampleur logistique de cette d\u00e9cision est consid\u00e9rable. Elle implique l\u2019\u00e9vacuation d\u2019environ 27\u00a0000 militaires am\u00e9ricains et canadiens, de 37\u00a0000 employ\u00e9s civils, et la fermeture d\u2019une trentaine de bases a\u00e9riennes et terrestres r\u00e9parties sur le territoire fran\u00e7ais, de Ch\u00e2teauroux \u00e0 Toul-Rosi\u00e8res, de Metz \u00e0 Phalsbourg. Le quartier g\u00e9n\u00e9ral des forces am\u00e9ricaines en Europe, install\u00e9 \u00e0 Saint-Germain-en-Laye depuis 1954, ferme ses portes en mars 1967. Le si\u00e8ge de l\u2019OTAN est transf\u00e9r\u00e9 de Paris vers la Belgique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9actions sont vives. Les alli\u00e9s de la France au sein de l\u2019OTAN r\u00e9affirment, d\u00e8s le 18 mars 1966, leur foi dans l\u2019int\u00e9gration militaire et dans la strat\u00e9gie d\u2019action collective, consid\u00e9rant que le principe de souverainet\u00e9 nationale absolue est d\u00e9pass\u00e9. Le pr\u00e9sident Johnson, quant \u00e0 lui, r\u00e9pond le 22 mars par une lettre dans laquelle il exprime sa perplexit\u00e9 face \u00e0 l\u2019argument selon lequel la pr\u00e9sence de forces alli\u00e9es porterait atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise. Il adopte toutefois un ton mesur\u00e9, laissant la porte ouverte \u00e0 un \u00e9ventuel retour de la France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France m\u00eame, la d\u00e9cision divise. La F\u00e9d\u00e9ration de la gauche d\u00e9mocrate et socialiste d\u00e9pose en avril 1966 une motion de censure contre le gouvernement Pompidou, d\u00e9fendue notamment par Guy Mollet. Ren\u00e9 Pleven reproche au g\u00e9n\u00e9ral de c\u00e9der \u00e0 une\u00a0<em>\u00ab\u00a0mystique de l\u2019ind\u00e9pendance nationale absolue\u00a0\u00bb<\/em>. Mais le gouvernement survit \u00e0 la motion de censure, et l\u2019opinion publique, dans sa majorit\u00e9, soutient la d\u00e9marche pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le retrait de la France est officiellement ent\u00e9rin\u00e9 lors de la conf\u00e9rence de l\u2019OTAN \u00e0 Bruxelles, le 8 juin 1966. Le 1<sup>er<\/sup>\u00a0octobre 1966, la France retire son repr\u00e9sentant du Comit\u00e9 militaire et du Comit\u00e9 des plans de d\u00e9fense. Au 1<sup>er<\/sup>\u00a0avril 1967, il n\u2019y a plus de pr\u00e9sence militaire \u00e9trang\u00e8re sur le sol fran\u00e7ais et les troupes fran\u00e7aises repassent int\u00e9gralement sous commandement national. Les accords Ailleret-Lemnitzer, conclus en ao\u00fbt 1967, red\u00e9finissent le cadre de la coop\u00e9ration entre les forces fran\u00e7aises et celles de l\u2019OTAN\u00a0: la France coop\u00e8re d\u00e9sormais sur d\u00e9cision souveraine de son gouvernement et sous commandement national exclusif.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-ub-content-toggle wp-block-ub-content-toggle-block\" id=\"ub-content-toggle-block-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\" data-mobilecollapse=\"false\" data-desktopcollapse=\"false\" data-preventcollapse=\"false\" data-showonlyone=\"true\">\n<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion\" style=\"border-color: #1a3a5c; border-top-left-radius: 8px; border-top-right-radius: 8px; border-bottom-left-radius: 8px; border-bottom-right-radius: 8px; \" id=\"ub-content-toggle-panel-block-\">\n\t\t\t<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-title-wrap\" style=\"background-color: #1a3a5c;\" aria-controls=\"ub-content-toggle-panel-0-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\" tabindex=\"0\">\n\t\t\t<p class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-title ub-content-toggle-title-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\" style=\"color: #ffffff; \"><strong>Lettre du Pr\u00e9sident Charles de Gaulle (7 mars 1966).<\/strong><\/p>\n\t\t\t<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-toggle-wrap right\" style=\"color: #ffffff;\"><span class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-state-indicator wp-block-ub-chevron-down\"><\/span><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t<div role=\"region\" aria-expanded=\"false\" class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-content-wrap ub-hide\" id=\"ub-content-toggle-panel-0-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\">\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p>Cher monsieur le pr\u00e9sident,<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre Alliance atlantique ach\u00e8vera dans trois ans son premier terme. Je tiens \u00e0 vous dire que la France mesure \u00e0 quel point la solidarit\u00e9 de d\u00e9fense ainsi \u00e9tablie entre quinze peuples libres de l\u2019Occident contribue \u00e0 assurer leur s\u00e9curit\u00e9 et, notamment, quel r\u00f4le essentiel jouent \u00e0 cet \u00e9gard les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique. Aussi, la France envisage-t-elle, d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, de rester, le moment venu, partie au Trait\u00e9 sign\u00e9 \u00e0 Washington le 4 avril 1949. Cela signifie, qu\u2019\u00e0 moins d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui, au cours des trois prochaines ann\u00e9es, viendraient \u00e0 changer les donn\u00e9es fondamentales des rapports entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, elle serait, en 1969 et plus tard, r\u00e9solue, tout comme aujourd\u2019hui, \u00e0 combattre aux c\u00f4t\u00e9s de ses alli\u00e9s au cas o\u00f9 l\u2019un d\u2019entre eux serait l\u2019objet d\u2019une agression qui n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, la France consid\u00e8re que les changements accomplis ou en voie de l\u2019\u00eatre, depuis 1949, en Europe, en Asie et ailleurs, ainsi que l\u2019\u00e9volution de sa propre situation et de ses propres forces, ne justifient plus, pour ce qui la concerne, les dispositions d\u2019ordre militaire prises apr\u00e8s la conclusion de l\u2019alliance soit en commun sous la forme de conventions multilat\u00e9rales, soit par accords particuliers entre le gouvernement fran\u00e7ais et le gouvernement am\u00e9ricain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>C\u2019est pourquoi la France se propose de recouvrer sur son territoire l\u2019entier exercice de sa souverainet\u00e9, actuellement entam\u00e9 par la pr\u00e9sence permanente d\u2019\u00e9l\u00e9ments militaires alli\u00e9s ou par l\u2019utilisation habituelle qui est faite de son ciel, de cesser sa participation aux commandements \u00ab\u00a0<em>int\u00e9gr\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb et de ne plus mettre de forces \u00e0 la disposition de l\u2019OTAN.<\/strong>\u00a0Il va de soi que, pour l\u2019application de ces d\u00e9cisions, elle est pr\u00eate \u00e0 r\u00e9gler avec les gouvernements alli\u00e9s et, en particulier, avec celui des \u00c9tats-Unis, les mesures pratiques qui les concernent. D\u2019autre part, elle est dispos\u00e9e \u00e0 s\u2019entendre avec eux quant aux facilit\u00e9s militaires \u00e0 s\u2019accorder mutuellement dans le cas d\u2019un conflit o\u00f9 elle s\u2019engagerait \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s, et quant aux conditions de la coop\u00e9ration de ses forces et des leurs dans l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une action commune, notamment en Allemagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur tous ces points, cher monsieur le pr\u00e9sident, mon gouvernement va donc prendre contact avec le v\u00f4tre. Mais, afin de r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019esprit d\u2019amicale franchise qui doit inspirer les rapports entre nos deux pays et, permettez-moi de l\u2019ajouter, entre vous et moi, j\u2019ai tenu, tout d\u2019abord, \u00e0 vous indiquer personnellement pour quelles raisons, dans quel but et dans quelles limites la France croit devoir, pour son compte, modifier la forme de notre alliance sans en alt\u00e9rer le fond.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je vous prie de bien vouloir agr\u00e9er, cher monsieur le pr\u00e9sident, les assurances de ma tr\u00e8s haute consid\u00e9ration et l\u2019expression de mes tr\u00e8s cordiaux sentiments.<\/p>\n<p>Charles de GAULLE.<\/p>\n\n<\/div>\n\t\t<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion\" style=\"border-color: #1a3a5c; border-top-left-radius: 8px; border-top-right-radius: 8px; border-bottom-left-radius: 8px; border-bottom-right-radius: 8px; \" id=\"ub-content-toggle-panel-block-\">\n\t\t\t<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-title-wrap\" style=\"background-color: #1a3a5c;\" aria-controls=\"ub-content-toggle-panel-1-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\" tabindex=\"0\">\n\t\t\t<p class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-title ub-content-toggle-title-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\" style=\"color: #ffffff; \"><strong>R\u00e9ponse du Pr\u00e9sident am\u00e9ricain Lyndon B. Johnson (22 mars 1966).<\/strong><\/p>\n\t\t\t<div class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-toggle-wrap right\" style=\"color: #ffffff;\"><span class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-state-indicator wp-block-ub-chevron-down\"><\/span><\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t<div role=\"region\" aria-expanded=\"false\" class=\"wp-block-ub-content-toggle-accordion-content-wrap ub-hide\" id=\"ub-content-toggle-panel-1-e356f22a-b09d-4bb9-a14b-fea4faecf3d4\">\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"tei-p2 flushleft\">Dear Mr. President,<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">On March 7 you wrote to inform me of the general course of action your Government proposes to follow with regard to the North Atlantic Treaty and the organization and arrangements which have been set up to serve its purposes.<span id=\"fnref:1.7.4.4.402.14.2\"><\/span>\u00a0The course you propose will so seriously affect the security and well-being of citizens of all the allied states that I felt it imperative to seek the counsel of the other Treaty members before replying in detail. I should like now to set forth what seem to me the fundamentals of this matter.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">Let me begin with the American conception of the purpose of the North Atlantic Treaty and the Alliance it creates. Under our Constitution, that Treaty is the law of the land. Like our Constitution, it is more than a legal document. It is the outward and visible form of a living institution\u2014not an alliance to make war, but an alliance to keep the peace. For nearly two decades this alliance has assured the peace and security of the North Atlantic area. It has greatly reinforced stability throughout the world.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">The Alliance, in our view, reflects two important propositions. The first is that if war should come to the Atlantic area, we must fight together \u2014 and fight effectively. The second is that if we act together for the common interest during peace, war will not come. The organization designed to carry out both these propositions,\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>, became in fact an Organization for Peace. To that Organization, which grew significantly out of France\u2019s own needs and urgings, France and many distinguished Frenchmen have made an inestimable contribution.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">The Organization combined the contributions of the member nations into a common instrument for deterring war by preparing together to meet aggression if aggression should occur. I have no doubt that deterrence resulted not only from the military coherence achieved but also from the political unity of purpose it exemplified. If the dissolution of the former casts in doubt the latter, as it inevitably will, I fear that those who draw hope from Western disunity will be much encouraged.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">As you say, conditions have changed since 1949. They have greatly changed for the better, due significantly in my opinion to our combined efforts under the Treaty. But should our collective effort falter and erode the common determination which it reflects, the foundation of the present stability would be undermined.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">In your letter you restated the firm commitment of France to fight beside her allies if any member of\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>\u00a0should suffer unprovoked aggression. I respect that pledge. But we believe more is needed to achieve effective deterrence and to maintain peace in the North Atlantic area.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">I am puzzled by your view that the presence of allied military forces on French soil impairs the sovereignty of France. Those forces have been there at French invitation pursuant to a common plan to help insure the security of France and her allies. I have always viewed their presence as a wise and far-seeing exercise of French sovereignty.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">For our part, we continue to believe that if the Treaty is to have force and reality, members of the Alliance should prepare the command structures, the strategic and tactical plans, the forces in being, and their designation to\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>\u00a0in advance of any crisis and for use in time of crisis.\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>\u00a0arrangements should reflect the technological and strategic imperatives of our age. Readiness to fight instantly under agreed plans and procedures, worked out and practiced in peacetime, adds immeasurably to our common strength. We will continue our past policy of full participation and cooperation in\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>. We believe the member nations, working within the Alliance with one another, should adapt to whatever organizational arrangements the needs of the hour may require.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">I do not consider that such participation and cooperation involves any impairment of our own sovereignty\u2014or that of any of our allies. In my judgment it reflects the exercise of sovereignty according to the highest traditions of responsible self-interest.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">The North Atlantic Treaty commits its signatories to assist any member subjected to armed attack within the areas specified. Governments, of course, must fulfill their commitments in accordance with their own constitutional procedures. But commitments should be honored as effectively as peacetime preparation can assure. It seems to me essential, therefore, that all members of the Alliance be prepared to act in any emergency through their mutual organization and in accordance with mutual plans. Reliance in crisis on independent action by separate forces in accordance with national plans, only loosely coordinated with joint forces and plans, seems to me dangerous for all concerned. It has proved disastrous in the past.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">The other fourteen member nations of\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>\u00a0do not take the same view of their interests as that taken at this moment by the Government of France. The United States is determined to join with them in preserving the deterrent system of\u00a0<span class=\"tei-gloss\">NATO<\/span>\u2014indeed, in strengthening it in support of the vital common purposes of the West. We do not intend to ignore the experience of the past twenty years.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\">Indeed, we find it difficult to believe that France, which has made a unique contribution to Western security and development, will long remain withdrawn from the common affairs and responsibilities of the Atlantic. As our old friend and ally her place will await France whenever she decides to resume her leading role.<\/p>\n<p class=\"tei-p3\">Sincerely,<\/p>\n<p>Lyndon B. Johnson<\/p>\n<hr>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>TRADUCTION<\/strong><\/p>\n<p class=\"tei-p2 flushleft\"><em><span dir=\"auto\">Monsieur le Pr\u00e9sident,<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span id=\"fnref:1.7.4.4.402.14.2\"><span dir=\"auto\">Le 7 mars,<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0vous m&rsquo;avez \u00e9crit pour m&rsquo;informer de la ligne de conduite g\u00e9n\u00e9rale que votre gouvernement entend suivre concernant le Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord et l&rsquo;organisation et les dispositions mises en place pour en assurer la mise en \u0153uvre.\u00a0La voie que vous proposez aura des cons\u00e9quences si graves sur la s\u00e9curit\u00e9 et le bien-\u00eatre des citoyens de tous les \u00c9tats alli\u00e9s que j&rsquo;ai jug\u00e9 imp\u00e9ratif de consulter les autres \u00c9tats membres du Trait\u00e9 avant de vous r\u00e9pondre en d\u00e9tail. Je voudrais maintenant exposer ce qui me semble \u00eatre les points essentiels de cette question.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Permettez-moi de commencer par la conception am\u00e9ricaine du but du Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord et de l&rsquo;Alliance qu&rsquo;il cr\u00e9e. En vertu de notre Constitution, ce Trait\u00e9 est la loi du pays. \u00c0 l&rsquo;instar de notre Constitution, il est plus qu&rsquo;un simple document juridique. Il est la manifestation concr\u00e8te et visible d&rsquo;une institution vivante \u2013 non pas une alliance pour faire la guerre, mais une alliance pour maintenir la paix. Depuis pr\u00e8s de vingt ans, cette alliance garantit la paix et la s\u00e9curit\u00e9 des \u00c9tats-Unis. <\/span><span dir=\"auto\">La r\u00e9gion de l&rsquo;Atlantique Nord. Elle a consid\u00e9rablement renforc\u00e9 la stabilit\u00e9 dans le monde entier.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">L&rsquo;Alliance, \u00e0 nos yeux, repose sur deux principes fondamentaux. Premi\u00e8rement, si la guerre devait \u00e9clater dans la zone atlantique, nous devons combattre ensemble et efficacement. Deuxi\u00e8mement, si nous agissons de concert pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun en temps de paix, la guerre ne surviendra pas. L&rsquo;organisation con\u00e7ue pour mettre en \u0153uvre ces deux principes,\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">l&rsquo;OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0, est devenue de fait une Organisation pour la paix. \u00c0 cette Organisation, qui a pris une ampleur consid\u00e9rable sous l&rsquo;impulsion des besoins et des aspirations de la France, la France et de nombreux Fran\u00e7ais de renom ont apport\u00e9 une contribution inestimable.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">L&rsquo;Organisation a r\u00e9uni les contributions des nations membres en un instrument commun de dissuasion, en se pr\u00e9parant conjointement \u00e0 faire face \u00e0 une agression, le cas \u00e9ch\u00e9ant. Je suis convaincu que la dissuasion r\u00e9sultait non seulement de la coh\u00e9rence militaire atteinte, mais aussi de l&rsquo;unit\u00e9 politique d&rsquo;objectif qu&rsquo;elle incarnait. Si la dissolution de la premi\u00e8re jette le doute sur la seconde, comme cela est in\u00e9vitable, je crains que ceux qui fondent leurs espoirs sur la d\u00e9sunion occidentale n&rsquo;en soient grandement confort\u00e9s.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Comme vous le dites, la situation a \u00e9volu\u00e9 depuis 1949. Elle s&rsquo;est consid\u00e9rablement am\u00e9lior\u00e9e, gr\u00e2ce, \u00e0 mon avis, en grande partie \u00e0 nos efforts conjugu\u00e9s dans le cadre du Trait\u00e9. Mais si nos efforts collectifs venaient \u00e0 faiblir et \u00e0 \u00e9roder la d\u00e9termination commune qu&rsquo;ils refl\u00e8tent, les fondements de la stabilit\u00e9 actuelle seraient compromis.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Dans votre lettre, vous avez r\u00e9affirm\u00e9 l&rsquo;engagement ferme de la France \u00e0 combattre aux c\u00f4t\u00e9s de ses alli\u00e9s si un membre de\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">l&rsquo;OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0venait \u00e0 subir une agression non provoqu\u00e9e. Je respecte cet engagement. Mais nous pensons qu&rsquo;il faut aller plus loin pour parvenir \u00e0 une dissuasion efficace et maintenir la paix dans l&rsquo;Atlantique Nord.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Je suis perplexe face \u00e0 votre opinion selon laquelle la pr\u00e9sence de forces militaires alli\u00e9es sur le sol fran\u00e7ais porte atteinte \u00e0 la souverainet\u00e9 de la France. Ces forces sont pr\u00e9sentes \u00e0 l&rsquo;invitation de la France, conform\u00e9ment \u00e0 un plan commun visant \u00e0 garantir la s\u00e9curit\u00e9 de la France et de ses alli\u00e9s. J&rsquo;ai toujours consid\u00e9r\u00e9 leur pr\u00e9sence comme un exercice judicieux et clairvoyant de la souverainet\u00e9 fran\u00e7aise.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Pour notre part, nous restons convaincus que, pour que le Trait\u00e9 soit pleinement efficace et applicable, les membres de l&rsquo;Alliance doivent pr\u00e9parer,\u00a0en pr\u00e9vision de toute crise et en vue de leur utilisation en temps de crise, leurs structures de commandement, leurs plans strat\u00e9giques et tactiques, leurs forces existantes et leur affectation \u00e0\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">l&rsquo;OTAN. L&rsquo;organisation <\/span><\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">de l&rsquo;OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0doit refl\u00e9ter les imp\u00e9ratifs technologiques et strat\u00e9giques de notre \u00e9poque. La capacit\u00e9 de combattre imm\u00e9diatement, conform\u00e9ment \u00e0 des plans et proc\u00e9dures convenus, \u00e9labor\u00e9s et mis en pratique en temps de paix, renforce consid\u00e9rablement notre force commune. Nous maintiendrons notre politique de pleine participation et de coop\u00e9ration au sein de\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">l&rsquo;OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">. Nous sommes convaincus que les \u00c9tats membres, \u0153uvrant de concert au sein de l&rsquo;Alliance, doivent s&rsquo;adapter aux exigences organisationnelles du moment.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Je ne consid\u00e8re pas qu&rsquo;une telle participation et coop\u00e9ration porte atteinte \u00e0 notre souverainet\u00e9, ni \u00e0 celle de nos alli\u00e9s. \u00c0 mon sens, elle refl\u00e8te l&rsquo;exercice de la souverainet\u00e9 dans le plus pur respect des traditions d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat personnel responsable.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Le Trait\u00e9 de l&rsquo;Atlantique Nord engage ses signataires \u00e0 porter assistance \u00e0 tout \u00c9tat membre victime d&rsquo;une attaque arm\u00e9e dans les zones sp\u00e9cifi\u00e9es. Les gouvernements doivent bien entendu honorer leurs engagements conform\u00e9ment \u00e0 leurs proc\u00e9dures constitutionnelles respectives. Toutefois, ces engagements doivent \u00eatre respect\u00e9s aussi efficacement que le permettent les pr\u00e9paratifs en temps de paix. Il me semble donc essentiel que tous les membres de l&rsquo;Alliance soient pr\u00eats \u00e0 agir en cas d&rsquo;urgence gr\u00e2ce \u00e0 leur organisation commune et conform\u00e9ment \u00e0 des plans communs. Compter, en cas de crise, sur une action ind\u00e9pendante de forces distinctes, men\u00e9e selon des plans nationaux et faiblement coordonn\u00e9e avec les forces et plans conjoints, me para\u00eet dangereux pour toutes les parties concern\u00e9es. L&rsquo;exp\u00e9rience pass\u00e9e a d\u00e9montr\u00e9 que cette approche avait des cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Les quatorze autres pays membres de\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">l&rsquo;OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0ne partagent pas la conception de leurs int\u00e9r\u00eats d\u00e9fendue actuellement par le gouvernement fran\u00e7ais. Les \u00c9tats-Unis sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 s&rsquo;associer \u00e0 eux pour pr\u00e9server le syst\u00e8me de dissuasion de l&rsquo;\u00a0<\/span><span class=\"tei-gloss\"><span dir=\"auto\">OTAN<\/span><\/span><span dir=\"auto\">\u00a0, et m\u00eame \u00e0 le renforcer afin de servir les objectifs communs essentiels de l&rsquo;Occident. Nous n&rsquo;entendons pas ignorer l&rsquo;exp\u00e9rience des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\" style=\"text-align: justify;\"><em><span dir=\"auto\">Il nous para\u00eet en effet difficile de croire que la France, qui a apport\u00e9 une contribution unique \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 et au d\u00e9veloppement de l&rsquo;Occident, restera longtemps \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des affaires et des responsabilit\u00e9s communes de l&rsquo;Atlantique. En tant que vieille amie et alli\u00e9e, elle retrouvera sa place d\u00e8s qu&rsquo;elle d\u00e9cidera de reprendre son r\u00f4le de premier plan.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"tei-p3\"><em><span dir=\"auto\">Sinc\u00e8rement,<\/span><\/em><\/p>\n\n<\/div>\n\t\t<\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 7 mars 1966, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle adresse au pr\u00e9sident am\u00e9ricain Lyndon B. 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Cette d\u00e9cision, pr\u00e9par\u00e9e de longue date, repose sur un principe cardinal\u00a0: la reconqu\u00eate par la France de l\u2019entier [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":620,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_uag_custom_page_level_css":"","footnotes":""},"categories":[4,25],"tags":[99,98],"class_list":["post-607","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-defense","category-dernieres-notes","tag-general-de-gaulle","tag-otan"],"featured_image_src":"https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN.png","author_info":{"display_name":"St\u00e9phane GAUDIN","author_link":"https:\/\/portail-souverainetes.fr\/index.php\/author\/stephanegaudin\/"},"uagb_featured_image_src":{"full":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN.png",1536,1024,false],"thumbnail":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-150x150.png",150,150,true],"medium":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-300x200.png",300,200,true],"medium_large":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-768x512.png",696,464,true],"large":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-1024x683.png",696,464,true],"1536x1536":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN.png",1536,1024,false],"2048x2048":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN.png",1536,1024,false],"td_0x420":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-630x420.png",630,420,true],"td_80x60":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-80x60.png",80,60,true],"td_150x0":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-150x100.png",150,100,true],"td_218x150":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-218x150.png",218,150,true],"td_300x0":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-300x200.png",300,200,true],"td_324x400":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-324x400.png",324,400,true],"td_485x360":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-485x360.png",485,360,true],"td_696x0":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-696x464.png",696,464,true],"td_1068x0":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-1068x712.png",1068,712,true],"td_1920x0":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN.png",1536,1024,false],"td_265x198":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-265x198.png",265,198,true],"td_741x486":["https:\/\/portail-souverainetes.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/De-Gaulle-OTAN-741x486.png",741,486,true]},"uagb_author_info":{"display_name":"St\u00e9phane GAUDIN","author_link":"https:\/\/portail-souverainetes.fr\/index.php\/author\/stephanegaudin\/"},"uagb_comment_info":0,"uagb_excerpt":"Le 7 mars 1966, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle adresse au pr\u00e9sident am\u00e9ricain Lyndon B. 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