{"id":48,"date":"2026-02-13T06:10:16","date_gmt":"2026-02-13T06:10:16","guid":{"rendered":"http:\/\/lzbpmhj.cluster100.hosting.ovh.net\/?p=48"},"modified":"2026-02-20T16:55:57","modified_gmt":"2026-02-20T16:55:57","slug":"13-fevrier-1960-la-france-entre-dans-le-cercle-des-puissances-nucleaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/portail-souverainetes.fr\/index.php\/2026\/02\/13\/13-fevrier-1960-la-france-entre-dans-le-cercle-des-puissances-nucleaires\/","title":{"rendered":"13 f\u00e9vrier 1960, la France entre dans le cercle des puissances nucl\u00e9aires."},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Il y a 66\u00a0 ans, dans le d\u00e9sert du Tanezrouft, l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe atomique fran\u00e7aise faisait de la France la quatri\u00e8me puissance nucl\u00e9aire mondiale, consacrant une ambition de souverainet\u00e9 militaire port\u00e9e depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France se trouve dans une position de d\u00e9pendance strat\u00e9gique vis-\u00e0-vis de ses alli\u00e9s, en particulier des \u00c9tats-Unis. La cr\u00e9ation du Commissariat \u00e0 l\u2019\u00e9nergie atomique (CEA) par l\u2019ordonnance du 18 octobre 1945, sign\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, pose les premiers jalons d\u2019un programme nucl\u00e9aire national. Toutefois, c\u2019est sous la Quatri\u00e8me R\u00e9publique que le projet militaire prend v\u00e9ritablement forme, de mani\u00e8re largement secr\u00e8te. En 1954, le pr\u00e9sident du Conseil Pierre Mend\u00e8s France autorise la poursuite des recherches nucl\u00e9aires \u00e0 finalit\u00e9 militaire, dans un contexte marqu\u00e9 par la guerre froide, la crise de Suez de 1956 et la prise de conscience que la garantie nucl\u00e9aire am\u00e9ricaine, dans le cadre de l\u2019OTAN, n\u2019est pas inconditionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ann\u00e9e 1955 voit le programme nucl\u00e9aire fran\u00e7ais dot\u00e9 d\u2019un budget sp\u00e9cifique, l\u2019inscrivant dans la dur\u00e9e. Guy Mollet, alors pr\u00e9sident du Conseil, poursuit cet effort. Le tournant strat\u00e9gique de 1957, marqu\u00e9 par la capacit\u00e9 de l\u2019Union sovi\u00e9tique \u00e0 menacer directement le territoire am\u00e9ricain gr\u00e2ce \u00e0 ses missiles balistiques intercontinentaux, renforce la conviction des dirigeants fran\u00e7ais qu\u2019une nation ne peut confier sa survie \u00e0 un alli\u00e9 dont les int\u00e9r\u00eats ne sont pas n\u00e9cessairement identiques aux siens. La doctrine am\u00e9ricaine de \u00ab riposte massive \u00bb perd en cr\u00e9dibilit\u00e9, rendant plus urgente encore la constitution d\u2019une force nucl\u00e9aire nationale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le retour au pouvoir du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle en juin 1958 acc\u00e9l\u00e8re consid\u00e9rablement le programme. D\u00e8s le 5 juillet 1958, de Gaulle avertit le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain John Foster Dulles de la d\u00e9termination de la France \u00e0 se doter de l\u2019arme atomique. Le Commandement interarm\u00e9es des armes sp\u00e9ciales (CIAS), cr\u00e9\u00e9 en f\u00e9vrier 1958 sous l\u2019autorit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral Charles Ailleret, est charg\u00e9 de pr\u00e9parer les campagnes d\u2019essais. La d\u00e9cision est prise : le premier essai nucl\u00e9aire fran\u00e7ais aura lieu au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1960. Le site retenu est Reggane, au c\u0153ur du Sahara alg\u00e9rien.<\/p>\n<h1><strong>Reggane : la pr\u00e9paration d\u2019un essai hors normes<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">La construction du Centre saharien d\u2019exp\u00e9rimentations militaires (CSEM) de Reggane d\u00e9bute \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1957. Le site choisi se trouve \u00e0 Hammoudia, \u00e0 une quarantaine de kilom\u00e8tres au sud-ouest de Reggane, dans la r\u00e9gion du Tanezrouft, au centre du Sahara, \u00e0 environ 700 kilom\u00e8tres au sud de Colomb-B\u00e9char. Ce d\u00e9sert de pierres et de sable, parmi les zones les plus arides de la plan\u00e8te, offre l\u2019isolement jug\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 la conduite d\u2019un essai nucl\u00e9aire atmosph\u00e9rique, m\u00eame si les habitations les plus proches ne se trouvent qu\u2019\u00e0 quelque 70 kilom\u00e8tres du point z\u00e9ro.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un vaste complexe logistique et scientifique voit le jour en pleine guerre d\u2019Alg\u00e9rie. Des \u00e9quipes du CEA et des forces arm\u00e9es convergent vers le site pour y installer les dispositifs de mesure, les postes d\u2019observation et les bunkers de protection. Autour de la tour m\u00e9tallique de 100 m\u00e8tres de hauteur, au sommet de laquelle doit \u00eatre plac\u00e9e la bombe, sont dispos\u00e9s des mat\u00e9riels militaires destin\u00e9s \u00e0 \u00e9valuer les effets de l\u2019explosion : chars, v\u00e9hicules blind\u00e9s, mannequins en tenue de combat, superstructures de navires de guerre avec tourelles et canons, et avions parqu\u00e9s derri\u00e8re des monticules de sable. L\u2019objectif est de mesurer les effets du souffle, de la chaleur et des rayonnements sur l\u2019ensemble des \u00e9quipements des trois arm\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019engin nucl\u00e9aire, une bombe au plutonium de type implosion semblable dans sa conception \u00e0 la bombe Fat Man largu\u00e9e sur Nagasaki en ao\u00fbt 1945, est achemin\u00e9 sur le site sous haute s\u00e9curit\u00e9. Sa masse est comparable \u00e0 celle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur am\u00e9ricain, mais son rendement est nettement sup\u00e9rieur : les scientifiques fran\u00e7ais ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du savoir accumul\u00e9 depuis 1945, notamment gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observation de mesures am\u00e9ricaines et \u00e0 la publication de donn\u00e9es dans le cadre du programme Atoms for Peace.<\/p>\n<h1><strong>07 h 04, le 13 f\u00e9vrier 1960 : l\u2019explosion<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 13 f\u00e9vrier 1960, \u00e0 07 h 04 heure locale, la bombe atomique fran\u00e7aise est mise \u00e0 feu sur le site d\u2019Hammoudia. L\u2019op\u00e9ration porte le nom de code<em>\u00a0Gerboise bleue<\/em>\u00a0\u2014 la gerboise \u00e9tant un petit rongeur du d\u00e9sert, et le bleu la premi\u00e8re couleur du drapeau tricolore. L\u2019engin, perch\u00e9 au sommet de sa tour m\u00e9tallique, lib\u00e8re une puissance estim\u00e9e \u00e0 70 kilotonnes, soit entre trois et quatre fois la puissance de la bombe d\u2019Hiroshima. Le taux de fission, sup\u00e9rieur \u00e0 50 %, constitue un r\u00e9sultat remarquable pour un premier essai, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019essai am\u00e9ricain Trinity de juillet 1945 n\u2019avait atteint qu\u2019environ 17 %.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment du d\u00e9clenchement, un gigantesque \u00e9clair z\u00e8bre le ciel du Sahara. Le champignon atomique s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans l\u2019atmosph\u00e8re tandis que l\u2019onde de choc se propage sur des kilom\u00e8tres. Les personnels pr\u00e9sents sur le site, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres du point z\u00e9ro, ont pris la position de s\u00e9curit\u00e9 : assis au sol, dos tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019explosion, t\u00eate entre les genoux, les coudes repli\u00e9s prot\u00e9geant les yeux. Certains disposent de lunettes opaques, mais l\u2019intendance n\u2019en a pas fourni suffisamment \u2014 une paire pour trois hommes environ, les autres s\u2019\u00e9quipant de masques de soudeurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019annonce officielle de la D\u00e9fense nationale, diffus\u00e9e le jour m\u00eame par la radio fran\u00e7aise, souligne le caract\u00e8re in\u00e9dit de l\u2019enregistrement sonore de l\u2019explosion, pr\u00e9sent\u00e9 comme une premi\u00e8re mondiale. Le reportage, transmis \u00e0 Paris par avion \u00e0 r\u00e9action apr\u00e8s avoir transit\u00e9 par le minist\u00e8re des Arm\u00e9es, est diffus\u00e9 dans une \u00e9dition sp\u00e9ciale du journal parl\u00e9 de France 1, Paris Inter.<\/p>\n<h1><strong>La France, quatri\u00e8me puissance nucl\u00e9aire mondiale<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec le succ\u00e8s de\u00a0<em>Gerboise bleue<\/em>, la France rejoint le cercle tr\u00e8s restreint des puissances nucl\u00e9aires, apr\u00e8s les \u00c9tats-Unis (premier essai en 1945), l\u2019Union sovi\u00e9tique (1949) et le Royaume-Uni (1952). Elle devient la quatri\u00e8me nation au monde \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019arme atomique, quatre ans avant la Chine, qui ne proc\u00e9dera \u00e0 son premier essai qu\u2019en octobre 1964.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9v\u00e9nement rev\u00eat une signification politique majeure qui d\u00e9passe largement le domaine militaire. Pour le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, l\u2019accession au rang de puissance nucl\u00e9aire est la traduction concr\u00e8te d\u2019une conception de la souverainet\u00e9 nationale fond\u00e9e sur l\u2019ind\u00e9pendance strat\u00e9gique. Comme l\u2019a formul\u00e9 l\u2019historien Maurice Va\u00efsse, la notion de souverainet\u00e9 a chez de Gaulle une traduction politique directe : c\u2019est l\u2019ind\u00e9pendance nationale, condition pour exister sur la sc\u00e8ne internationale. La formulation diplomatique en est \u00ab<em>\u00a0la nation aux mains libres<\/em>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une France qui refuse l\u2019inf\u00e9odation \u00e0 une alliance et l\u2019int\u00e9gration au sein de celle-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 3 novembre 1959, lors d\u2019une conf\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00c9cole militaire, de Gaulle avait d\u00e9fini les contours de cette ambition en \u00e9voquant la n\u00e9cessit\u00e9 de disposer d\u2019une force de frappe autonome dont l\u2019arme nucl\u00e9aire serait le fer de lance. Il s\u2019agissait pour la France de se doter de moyens de d\u00e9fense propres, combin\u00e9s mais non subordonn\u00e9s \u00e0 ceux de ses alli\u00e9s. Cette vision aboutira, en mars 1966, au retrait de la France du commandement int\u00e9gr\u00e9 de l\u2019OTAN, affirmant de mani\u00e8re d\u00e9finitive l\u2019autonomie strat\u00e9gique nationale.<\/p>\n<h1><strong>La doctrine de la dissuasion du faible au fort<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essai de Reggane inaugure la mise en place progressive de la force de dissuasion nucl\u00e9aire fran\u00e7aise, th\u00e9oris\u00e9e notamment par le g\u00e9n\u00e9ral Pierre-Marie Gallois. La doctrine dite de la \u00ab\u00a0<em>dissuasion du faible au fort<\/em>\u00a0\u00bb repose sur un principe simple : un \u00c9tat, m\u00eame de taille modeste, peut dissuader un adversaire beaucoup plus puissant de l\u2019attaquer, d\u00e8s lors qu\u2019il est en mesure de lui infliger des dommages sup\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019enjeu du conflit. La France n\u2019a pas besoin d\u2019\u00e9galer l\u2019arsenal sovi\u00e9tique pour rendre toute agression prohibitivement co\u00fbteuse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette strat\u00e9gie implique la constitution d\u2019une capacit\u00e9 de seconde frappe cr\u00e9dible, c\u2019est-\u00e0-dire la certitude de pouvoir riposter m\u00eame apr\u00e8s avoir subi une premi\u00e8re attaque nucl\u00e9aire. Au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, la force de frappe fran\u00e7aise se structure selon le sch\u00e9ma de la triade : les bombardiers Mirage IV, porteurs de la bombe AN-11, deviennent op\u00e9rationnels en 1964 ; les missiles balistiques sol-sol du plateau d\u2019Albion entrent en service en 1971 ; les sous-marins nucl\u00e9aires lanceurs d\u2019engins (SNLE) assurent \u00e0 partir de 1972 la composante oc\u00e9anique, la plus survivable et donc la plus dissuasive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La force de dissuasion nucl\u00e9aire, plac\u00e9e sous l\u2019autorit\u00e9 exclusive du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, demeure depuis lors un pilier de la politique de d\u00e9fense fran\u00e7aise. Elle repose sur trois principes : la permanence (elle s\u2019exerce de mani\u00e8re continue), la suffisance (les moyens correspondent au strict n\u00e9cessaire) et la souplesse (elle s\u2019adapte au contexte strat\u00e9gique). Ce cadre doctrinal, \u00e9labor\u00e9 sous de Gaulle, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fondamentalement remis en cause par ses successeurs.<\/p>\n<h1><strong>Les suites sahariennes et polyn\u00e9siennes<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Gerboise bleue n\u2019est que le premier d\u2019une s\u00e9rie de quatre essais atmosph\u00e9riques men\u00e9s \u00e0 Reggane entre 1960 et 1961. Gerboise blanche suit le 1er avril 1960, Gerboise rouge le 27 d\u00e9cembre 1960 et\u00a0<em>Gerboise verte<\/em>\u00a0le 25 avril 1961. Ce dernier essai est pr\u00e9cipit\u00e9 dans des circonstances dramatiques : \u00e0 la suite du putsch des g\u00e9n\u00e9raux du 23 avril 1961, le gouvernement ordonne le tir de\u00a0<em>Gerboise verte<\/em>\u00a0dans l\u2019urgence, afin d\u2019\u00e9viter que l\u2019engin nucl\u00e9aire ne tombe entre les mains des insurg\u00e9s, qui avaient localis\u00e9 la bombe dans un entrep\u00f4t du port d\u2019Alger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s les quatre essais atmosph\u00e9riques de Reggane, la France poursuit ses exp\u00e9rimentations au Sahara par treize essais souterrains r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 In Ecker, dans le massif du Hoggar, entre 1961 et 1966. L\u2019un d\u2019entre eux, l\u2019essai\u00a0<em>B\u00e9ryl<\/em>\u00a0du 1<sup>er<\/sup>\u00a0mai 1962, se solde par un accident grave : un nuage radioactif s\u2019\u00e9chappe du tunnel et contamine des militaires et des populations de la r\u00e9gion. Une clause secr\u00e8te des accords d\u2019\u00c9vian de mars 1962, qui mettent fin \u00e0 la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, autorise la France \u00e0 poursuivre ses essais nucl\u00e9aires au Sahara jusqu\u2019en 1967.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de 1966, les essais nucl\u00e9aires fran\u00e7ais se d\u00e9placent vers la Polyn\u00e9sie, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa. C\u2019est l\u00e0 que la France fait exploser sa premi\u00e8re bombe thermonucl\u00e9aire (bombe H) le 24 ao\u00fbt 1968. Au total, la France proc\u00e8de \u00e0 210 essais nucl\u00e9aires entre 1960 et 1996. Le pr\u00e9sident Jacques Chirac, apr\u00e8s avoir relanc\u00e9 une derni\u00e8re campagne d\u2019essais en 1995, annonce leur arr\u00eat d\u00e9finitif le 29 janvier 1996. La France signe la m\u00eame ann\u00e9e le Trait\u00e9 d\u2019interdiction compl\u00e8te des essais nucl\u00e9aires (TICE), mettant un terme \u00e0 cette s\u00e9quence historique.<\/p>\n<h1><strong>Les retomb\u00e9es et la question des victimes<\/strong><\/h1>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cons\u00e9quences sanitaires et environnementales des essais de Reggane font l\u2019objet de controverses persistantes. Selon un document d\u00e9classifi\u00e9 le 4 avril 2013 et rendu public en f\u00e9vrier 2014, les retomb\u00e9es radioactives de\u00a0<em>Gerboise bleue<\/em>\u00a0se sont \u00e9tendues bien au-del\u00e0 des pr\u00e9visions initiales : elles ont couvert une zone de 200 kilom\u00e8tres de large et 100 kilom\u00e8tres de long, et ont dur\u00e9 13 jours, une dur\u00e9e sup\u00e9rieure \u00e0 celle qui avait \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9e. Le rapport annuel du CEA de 1960 mentionne l\u2019existence d\u2019une zone contamin\u00e9e d\u2019environ 150 kilom\u00e8tres de long.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon un rapport de l\u2019Agence internationale de l\u2019\u00e9nergie atomique (AIEA) publi\u00e9 en 2005, les sites des essais de Reggane et d\u2019In Ecker pr\u00e9sentent toujours un danger pour les formes de vie et l\u2019agence en exclut toute occupation autre que temporaire. Des \u00e9tudes men\u00e9es par des chercheurs alg\u00e9riens ont mis en \u00e9vidence un lien entre les pathologies observ\u00e9es dans la r\u00e9gion et les essais nucl\u00e9aires r\u00e9alis\u00e9s entre 1960 et 1966.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En France, la loi Morin du 5 janvier 2010 institue un r\u00e9gime d\u2019indemnisation des victimes des essais nucl\u00e9aires fran\u00e7ais, qu\u2019il s\u2019agisse de v\u00e9t\u00e9rans militaires ou de populations civiles expos\u00e9es. Ce dispositif, longtemps jug\u00e9 insuffisant par les associations de victimes, a \u00e9t\u00e9 progressivement \u00e9largi, sans toutefois satisfaire pleinement l\u2019ensemble des demandes. Les pays riverains du Maghreb, qui avaient vigoureusement protest\u00e9 d\u00e8s 1960 \u2014 le Maroc rappelant son ambassadeur \u00e0 Paris deux jours apr\u00e8s\u00a0<em>Gerboise bleue<\/em>\u00a0\u2014, continuent de r\u00e9clamer une reconnaissance plus compl\u00e8te des responsabilit\u00e9s de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">66 ans apr\u00e8s l\u2019explosion de Reggane, la force de dissuasion nucl\u00e9aire demeure la clef de vo\u00fbte de la politique de d\u00e9fense de la France. Le pays dispose aujourd\u2019hui de quatre sous-marins nucl\u00e9aires lanceurs d\u2019engins de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration et d\u2019une composante a\u00e9roport\u00e9e articul\u00e9e autour du missile air-sol moyenne port\u00e9e am\u00e9lior\u00e9 (ASMP-A), emport\u00e9 par les Rafale de l\u2019arm\u00e9e de l\u2019Air et de l\u2019Espace et de la Marine nationale. La modernisation permanente de ces outils garantit la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la dissuasion face \u00e0 l\u2019\u00e9volution des menaces.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essai Gerboise bleue du 13 f\u00e9vrier 1960 constitue, \u00e0 bien des \u00e9gards, l\u2019acte fondateur de la souverainet\u00e9 militaire de la France contemporaine. En acc\u00e9dant \u00e0 l\u2019arme nucl\u00e9aire par ses propres moyens, en d\u00e9pit des pressions internationales et d\u2019une condamnation de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Nations unies en novembre 1959, la France a affirm\u00e9 sa capacit\u00e9 \u00e0 garantir elle-m\u00eame sa s\u00e9curit\u00e9. Cette d\u00e9termination, \u00e9rig\u00e9e en principe de politique \u00e9trang\u00e8re, reste un \u00e9l\u00e9ment structurant de l\u2019identit\u00e9 strat\u00e9gique fran\u00e7aise, dans un environnement international o\u00f9 les tensions entre puissances nucl\u00e9aires n\u2019ont pas disparu.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"1960 : La bombe Atomique fran\u00e7aise est &quot;sans danger&quot; pour le Sahara | Archive INA\" width=\"696\" height=\"392\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/FxJjThpYxmQ?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a 66\u00a0 ans, dans le d\u00e9sert du Tanezrouft, l\u2019explosion de la premi\u00e8re bombe atomique fran\u00e7aise faisait de la France la quatri\u00e8me puissance nucl\u00e9aire mondiale, consacrant une ambition de souverainet\u00e9 militaire port\u00e9e depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. 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