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Les fonds souverains et le patriotisme économique (EGE).

Ce mémoire de MBA rédigé par Clémence Benoist, Sixtine Dupont et Fanette Grillet à l’École de Guerre Économique sous la direction d’Olivier de Maison Rouge (juillet 2025), analyse les fonds souverains comme instruments de puissance étatique et interroge la capacité de la France à s’en protéger.

L’introduction retrace l’histoire de ces véhicules d’investissement détenus par des États, depuis le Kuwait Investment Board de 1953 jusqu’à leur prolifération actuelle : plus de 183 fonds représentant environ 13 900 milliards de dollars d’actifs. Le mémoire distingue, selon la typologie du FMI, les fonds de stabilisation, d’épargne intergénérationnelle, de placement des réserves, de développement et de réserve de retraite. Il souligne également la nature juridique hybride de ces entités, à la croisée du droit public et du droit privé, dont certaines disposent d’une personnalité juridique propre (PIF saoudien, Temasek) tandis que d’autres demeurent de simples démembrements de l’État (GPFG norvégien).

La première partie démontre que les fonds souverains ne sont pas de simples investisseurs. Leur logique de long terme, leur opacité et leurs stratégies indirectes (investissement via des fonds privés occidentaux, partenariats avec Blackstone ou SoftBank) en font des leviers géopolitiques : la CIC chinoise sert la « Nouvelle Route de la Soie », le QIA qatari déploie son soft power en France (PSG, Vinci, immobilier de luxe). Les auteures identifient les secteurs vulnérables – énergie, technologie, santé, transports, agroalimentaire – illustrés par des cas concrets comme la cession de 50 % du port du Pirée à COSCO. L’étude de cas Technip, devenu TechnipFMC avec un centre de décision déplacé à Houston, incarne la perte de souveraineté industrielle française.

La seconde partie examine les tentatives d’encadrement. À l’international, les Principes de Santiago (2008) restent de la soft law non contraignante, appliquée de manière sélective. En France, le dispositif de contrôle des investissements étrangers (IEF) s’est progressivement renforcé – décret Montebourg (2014), loi PACTE (2019), abaissement du seuil de contrôle à 10 % – mais son usage demeure timide : seuls trois vetos exercés jusqu’en 2024. Le droit de l’Union européenne, avec la libre circulation des capitaux et la jurisprudence stricte de la CJUE (arrêts Volkswagen, Xella), limite fortement les marges de manœuvre nationales. Les affaires Alstom et Vencorex illustrent le manque de volonté politique, tandis que Bpifrance ne constitue qu’un fonds souverain « à l’état embryonnaire », faute de liquidités comparables.

Le mémoire plaide pour une stratégie industrielle française de long terme reposant sur trois leviers : un cadre juridique renforcé à l’image des dispositifs anglo-saxons (CFIUS américain, NSI Act britannique), une vision par filière plutôt que des réactions au coup par coup, et une mobilisation financière durable. Les annexes complètent l’analyse par une présentation du régime américain et des alternatives aux fonds souverains (fonds stratégiques nationaux, véhicules hybrides, fonds privés à mission stratégique).

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