La France figure parmi les principaux investisseurs européens dans les véhicules aériens sans pilote (UAV), dans le cadre de la politique de réarmement engagée après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022. Selon les prévisions de Defence Insight, le marché français des drones atteindra 11,38 milliards de dollars, ce qui en ferait le deuxième marché européen en valeur derrière l’Allemagne, soit 14,54 % des dépenses du continent dans ce domaine.
D’après ces estimations, les dépenses françaises dépasseraient de 61,65 % celles du Royaume-Uni et de 185,93 % celles de l’Italie, deux pays au PIB nominal pourtant plus élevé.
Les données de Defence Insight indiquent que les engagements français sont concentrés en fin de période. Sur la décennie 2022-2031, environ 18 % des investissements prévus (629,3 millions de dollars) seraient dépensés entre 2022 et 2026, les 82 % restants (2,8 milliards de dollars) l’étant entre 2027 et 2031.
Pour les industriels souhaitant accéder au marché français, cette répartition signifie qu’une large part de la valeur n’est pas encore contractualisée, dans une proportion supérieure à celle observée en Allemagne, en Espagne, en Italie ou au Royaume-Uni. Du point de vue capacitaire, elle traduit toutefois un déficit actuel en moyens.
Deux tendances sectorielles
Le marché français illustre deux tendances plus larges du secteur. La première concerne le développement et l’acquisition de munitions rôdeuses à longue portée. Comme l’a rapporté Shephard en avril, l’efficacité de ce type d’armement a été mise en évidence par l’emploi intensif du Shahed-136 par la Russie en Ukraine et par l’Iran au Moyen-Orient.
La France développe sa propre capacité par deux voies. La première est l’initiative ELSA (European Long-range Strike Approach), un programme conjoint avec l’Allemagne, l’Italie, la Pologne, la Suède et le Royaume-Uni, destiné à produire le One-Way Effector 500 Plus (OWE 500+). La France prévoit d’en acquérir 2 200 unités pour 440 millions de dollars, dans le cadre d’un programme multinational estimé à 2,19 milliards de dollars.
La seconde voie est nationale : le constructeur Renault, associé à Turgis & Gaillard, aurait lancé la production à petite échelle du « Chorus », une munition rôdeuse à longue portée aux capacités proches de celles du Shahed-136. Ces systèmes seraient produits dans le cadre d’un contrat de développement initial de 35 millions d’euros (41 millions de dollars). Si les performances satisfont l’armée française, une enveloppe d’un milliard d’euros (1,16 milliard de dollars) de la Direction générale de l’armement (DGA) pourrait être engagée pour une production en série sur dix ans.
La seconde tendance est le passage de drones importés coûteux à des systèmes produits localement et moins onéreux. Ce choix apparaît dans la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, publiée en avril 2026, qui qualifie désormais l’Eurodrone – développé conjointement par la France, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie pour un coût estimé à 7,1 milliards d’euros (8,56 milliards de dollars) – de « moins adapté aux conflits de haute intensité ».
Sans constituer un retrait du programme, cette formulation traduit des réserves de la France, notamment au regard du coût unitaire de l’appareil, estimé par Defence Insight à 114,40 millions de dollars. Interrogé par Janes, un porte-parole d’Airbus a indiqué que les autres pays partenaires conservaient leur confiance dans le projet.
La mise à jour de la LPM a par ailleurs confirmé l’annulation de la deuxième phase d’acquisition du Patroller, dans le cadre du programme Système de drone tactique (SDT), estimée à 461,3 millions de dollars.
En alternative à ces systèmes, le Plan de maîtrise des dépenses (PMD) indique que la France réoriente ses efforts pour « tirer parti de l’émergence de drones de théâtre souverains à moindre coût ». L’acquisition d’un drone MALE de fabrication française, envisagée depuis plusieurs années, figure désormais parmi les priorités. Plusieurs candidats potentiels : Turgis & Gaillard, Aura Aero, Daher et Fly-R
