Le portail des souverainetés

Les dépendances militaires de la France vis-à-vis de l’étranger (rapport parlementaire).

Drone américain REAPER de l'armée de l'Air française. Crédit : AAE.

La France est une puissance nucléaire autonome, deuxième exportateur mondial d’armement, dotée d’une industrie de défense de rang mondial. Et pourtant, elle ne fabrique plus ses propres balles. Ce paradoxe résume à lui seul l’ambition du rapport déposé par les députés François Cormier-Bouligeon et Aurélien Saintoul : cartographier, sans complaisance, les fragilités cachées derrière la façade souveraine.

Le diagnostic est sévère. Trente ans de coupes budgétaires — l’ère des « dividendes de la paix » — ont laissé des cicatrices profondes. Entre 1984 et 2024, le nombre de chars a été divisé par six, la flotte de combat de la Marine par deux, les effectifs militaires réduits d’un tiers. Surtout, des filières industrielles entières ont été liquidées : munitions de petit calibre, armes légères, poudres. Le fusil d’assaut du fantassin français est désormais allemand. Les cartouches viennent d’Israël ou d’Autriche. L’unique fabricant français de machines à munitions a été vendu à un groupe émirati.

Mais les dépendances les plus dangereuses ne sont pas là. Elles sont dans l’invisible : le spatial, le numérique, l’intelligence artificielle. Les États-Unis concentrent 78 % des dépenses mondiales de spatial militaire ; l’Union européenne, 4 %. La France dépend entièrement de Washington pour l’alerte avancée — la détection de missiles balistiques ennemis. Ses armées tournent sous Microsoft depuis 2008. 85 % de ses achats informatiques vont à dix fournisseurs, tous étrangers. Et les GPU qui font fonctionner ses programmes d’intelligence artificielle sont fabriqués par Nvidia, quasi-monopole américain.

Le rapport pointe un signal d’alarme précis : en mars 2025, l’OTAN a choisi Palantir — entreprise américaine suspectée de surveillance généralisée — pour équiper l’ensemble de sa structure de commandement. Une fois ce système implanté, les solutions souveraines européennes seraient évincées. La décision de déclencher ou non une action militaire pourrait, demain, passer par un filtre américain.

La conclusion est limpide : la souveraineté ne se réduit pas à posséder le Rafale et le sous-marin nucléaire. Elle consiste à pouvoir apprécier une situation, prendre une décision et l’exécuter sans dépendre d’un partenaire qui peut couper le signal — comme Elon Musk l’a fait en Ukraine en 2023, stoppant net une offensive en désactivant Starlink au-dessus du champ de bataille.

Face à ce tableau, les rapporteurs formulent dix propositions : 

Aller au contenu PDF
Quitter la version mobile