Monsieur le Président,
Je remercie la Secrétaire-générale adjointe, Mme Rosemary DiCarlo, pour son exposé.
Je voudrais également remercier la présidence américaine et vous-même, M. le Ministre de l’énergie, d’avoir invité le Conseil de sécurité à examiner les enjeux relatifs à l’énergie et aux minéraux critiques.
Monsieur le Président,
Il y a quelques mois, une réunion en format Arria organisée à l’initiative de la Sierra Leone nous avait permis de commencer à explorer ces thématiques. Il importe que le Conseil de sécurité se saisisse de ces questions dans la mesure où elles relèvent de menaces pour la paix et la sécurité internationales.
La compétition pour le contrôle de ces ressources est en effet un facteur de conflits et d’instabilité, ainsi qu’une source de revenus pour les alimenter. Nous le voyons en Afrique, où les immenses richesses du continent sont livrées à la prédation des groupes armés, qui les exploitent pour financer leurs activités, ou en organisent le pillage pour le compte de puissances extérieures au continent.
Cet accaparement des ressources par les groupes armés alimente la violence, prolonge les conflits et perpétue les souffrances des populations civiles. C’est le cas, par exemple, dans l’Est de la République démocratique du Congo, où le M23 contrôle entre 15 et 30% de la production mondiale de coltan et finance ainsi sa propre expansion. A plus long terme, ces spoliations entravent le développement économique et social des Etats, privés des richesses de leurs propres sols.
Monsieur le Président,
L’énergie est aussi utilisée comme outil de coercition et comme arme dans les conflits. Dans sa guerre d’agression contre l’Ukraine, qui est entrée dans sa cinquième année, la Russie recourt à des frappes indiscriminées contre le réseau et les infrastructures énergétiques, cherchant intentionnellement à provoquer une crise humanitaire en plein cœur de l’hiver.
La Russie cherche aussi à s’approprier le contrôle d’infrastructures énergétiques ukrainiennes, lorsqu’elle occupe de manière illégale et irresponsable la centrale nucléaire de Zaporijjia. Nous réaffirmons la pleine et entière souveraineté ainsi que la propriété de l’Ukraine sur la centrale de Zaporijjia, comme sur le reste de son territoire. Nous appelons une fois de plus la Russie à cesser de mettre en péril la sécurité et la sûreté de cette centrale, et à en restituer le plein contrôle à l’Ukraine, dans le respect de sa souveraineté.
Au-delà, la question de la sécurité des approvisionnements met en jeu la résilience de nos sociétés et de nos économies. Celles-ci sont dépendantes de sources d’énergie décarbonée et des minéraux critiques pour la conduite de leur transition écologique, leur industrialisation et leur transformation numérique.
Nous sommes préoccupés par le développement de pratiques déloyales dans le domaine des minéraux critiques, telles que les manipulations du marché visant à perturber les approvisionnements, organiser la pénurie et saper le développement de projets pour diversifier les chaînes de valeur mondiales. De telles pratiques peuvent affecter la stabilité de nos économies, voire nos intérêts de sécurité.
Pour relever l’ensemble de ces défis, plusieurs pistes d’action se dessinent.
1/ En premier lieu, il convient de veiller à une exploitation équitable et durable des ressources énergétiques et des minéraux critiques, dans le cadre de partenariats équilibrés et dans le respect de la souveraineté des Etats, qui doivent pouvoir bénéficier de leurs richesses pour leur développement.
Cela passe par la responsabilisation du secteur privé, qui doit veiller à la traçabilité des minéraux critiques et ne pas inclure, dans la fabrication de ses produits, des minerais pillés. La France soutient à cet égard la mise en œuvre du règlement européen établissant des obligations de diligence aux importateurs de minéraux et métaux critiques issus de zones de conflits.
Ainsi la France a-t-elle rejoint en 2021 le Partenariat européen pour les minerais responsables (EPRM), qui associe des Etats européens, des entreprises et des organisations de la société civile pour financer et suivre des projets de développement.
Une action de développement ambitieuse, responsable et pensée avec le secteur privé est indispensable pour aider les pays qui exploitent des minerais à remonter la chaîne de valeur, en veillant aux impacts sociaux et environnementaux, et à bâtir leur autonomie dans ce domaine.
La France soutient également un engagement plus fort des institutions multilatérales de développement sur le secteur énergétique, dont le nucléaire civil, afin de répondre plus directement aux enjeux d’électrification massive des pays en développement.
2/ Deuxièmement, les efforts doivent se poursuivre pour atteindre l’autonomie énergétique à travers le développement d’un mix énergétique diversifié et décarboné, incluant le nucléaire civil. La France entend remplir un rôle moteur en la matière et accueillera à Paris, le 10 mars prochain, un Sommet mondial sur l’énergie nucléaire, en étroite coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ce Sommet permettra d’avancer sur la voie du triplement des capacités nucléaires civiles installées dans le monde, objectif que la France soutient et qui a été annoncé en marge de la 28e Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à Dubaï, en 2023.
3/ Enfin, il importe d’établir, pour les minerais critiques, des chaînes d’approvisionnement sûres, durables, résilientes, diversifiées, garantissant la stabilité des économies et réduisant les risques de tensions internationales.
A cette fin, la présidence française du G7 s’attachera à la mise en œuvre du plan d’action et de la feuille de route sur les minéraux critiques, tous deux adoptés l’an dernier à Kananaskis. Nous devons travailler, avec les pays producteurs et le secteur privé, à la mise en place de chaînes d’approvisionnement diversifiées, reposant sur des mécanismes de marché transparents et sur des pratiques minières responsables, afin de favoriser la prospérité et la sécurité pour tous.
Je vous remercie.
